Considération pour le premier vendredi d'avril
Amour du cœur de Jésus pour les hommes

Dieu
est amour, et le cœur de Jésus, qui est le chef-d'œuvre de la
très-sainte Trinité, ce cœur adorable de l'Homme-Dieu, est aussi tout
amour ; sa vie, son essence, c'est l'amour ; ses attributs sont des
attributs d'amour ; ses actes sont des productions de son amour ; et cet
amour que Jésus a pour nous est infini dans son étendue, éternel dans
sa durée, immense dans sa libéralité, incompréhensible dans ses effets.
C'est lui, c'est cet amour qui a abaissé un Dieu dans le sein d'une
vierge ; c'est lui qui a planté la croix du Calvaire et dressé les
autels où la Victime eucharistique vient tous les jours donner au monde
le spectacle du plus étonnant, du plus grand, du plus constant de tous
les amours.
Interrogeons
le ciel, interrogeons la terre, nous n'y trouverons rien qui soit
comparable à l'amour que Jésus a pour nous. Demandons aux anges, aux
séraphins qui se consument d'amour aux pieds de l'Éternel, s'ils savent
aimer leur Dieu comme Jésus aime l'homme ; ils nous répondront que leurs
saintes ardeurs, leurs brûlants transports ne sont que de faibles
étincelles de ce feu sacré dont le cœur du Sauveur est le foyer et la
source.
Notre cœur est fécond en affections, il sait aimer fortement, aimer passionnément, et pourtant cette tendresse, ces sentiments si vifs et si forts, dont nous sommes susceptibles, ne méritent pas le nom d'amour, comparé à celui que Jésus a pour nous.
L'amour maternel est de tous les amours que l'homme connaît le plus fort, le plus tendre, le plus constant ; il est capable d'héroïsme, il inspire le dévouement le plus sublime, rend courageux et intrépides des êtres faibles et timides ; c'est une image de celui de Dieu pour sa créature ; c'est un écoulement, un ruisseau sorti de cette source intarissable de tendresse et de charité.
Mais l'image n'est pas la réalité, le ruisseau n'est pas la source, et la mère la plus tendre n'aima jamais son enfant comme Jésus sait nous aimer.
Pour concevoir une juste idée de cet amour, pour pouvoir l'apprécier comme il mérite de l'être, considérons quelques instants quel est celui qui nous aime et ce que nous sommes pour mériter ce prodigieux amour.
Notre cœur est fécond en affections, il sait aimer fortement, aimer passionnément, et pourtant cette tendresse, ces sentiments si vifs et si forts, dont nous sommes susceptibles, ne méritent pas le nom d'amour, comparé à celui que Jésus a pour nous.
L'amour maternel est de tous les amours que l'homme connaît le plus fort, le plus tendre, le plus constant ; il est capable d'héroïsme, il inspire le dévouement le plus sublime, rend courageux et intrépides des êtres faibles et timides ; c'est une image de celui de Dieu pour sa créature ; c'est un écoulement, un ruisseau sorti de cette source intarissable de tendresse et de charité.
Mais l'image n'est pas la réalité, le ruisseau n'est pas la source, et la mère la plus tendre n'aima jamais son enfant comme Jésus sait nous aimer.
Pour concevoir une juste idée de cet amour, pour pouvoir l'apprécier comme il mérite de l'être, considérons quelques instants quel est celui qui nous aime et ce que nous sommes pour mériter ce prodigieux amour.
Celui
qui nous aime est Jésus, Jésus, le Verbe éternel, le Fils unique du
Père, engendré par lui de toute éternité dans les splendeurs des saints,
égal à lui en toutes choses, grand comme lui, saint, puissant, éternel
comme lui ; c'est Jésus, ce Dieu heureux par lui-même, heureux par
l'éternelle contemplation de son être et de ses infinies perfections ;
c'est Jésus, cet être infiniment parfait, qui a tiré sa gloire de
lui-même, et qui n'a besoin, pour être heureux, ni de notre amour, ni de
nos louanges, et cependant il nous aime, il désire, il demande notre
amour.
Et
maintenant voyons ce qu'est l'homme et en quoi il a pu mériter l'amour
dont Dieu l'honore. L'homme, c'est un peu de boue, quelques grains de
poussière que la main du Seigneur a pétris et qu'il a animés d'un
souffle, d'une vie immortelle. L'homme est un composé de petitesse,
d'impuissance, de faiblesse ; c'est une proie destinée à la mort ; il
paraît aujourd'hui sur la terre, il cherche en vain à y établir sa
demeure, à la remplir du bruit de son nom ; le lendemain, la tombe s'est
refermée sur lui, et le silence de l'oubli vient bientôt peser sur
cette tombe. L'homme est un néant, mais un néant souillé par le péché ;
c'est un être dont la corruption est la nature, qui ne trouve au fond de
son cœur que des penchants mauvais et un poids qui l'incline et le
porte sans cesse au mal. Voilà l'être que le Fils de l'Éternel, la
sainteté par essence, a aimé d'un amour infini. Il a vu l'homme
coupable, et il en a eu pitié ; il l'a vu malheureux, et il l'a aimé, il
a voulu le sauver. Redevable à la justice divine d'une dette qu'il ne
pouvait acquitter, esclave du démon, gémissant sous la servitude du
péché, l'homme, banni à jamais du ciel, devait subir les maux du temps
et ceux bien plus redoutables de l'éternité. Mais de toute éternité
l'amour du Verbe avait conçu la pensée de le sauver ; il offrit à son
Père de payer lui-même la dette de sa créature déchue, le sacrifice fut
accepté, et, dans la plénitude des temps, le ciel vit avec étonnement un
Dieu uni, non à la nature angélique, mais à la nature humaine ; il vit
une fille d'Adam porter dans ses flancs le Créateur des mondes ; il
l'entendit le nommer son Fils ; les Vertus des cieux descendirent sur la
terre et y adorèrent, dans l'extase du ravissement et de l'amour, leur
Dieu devenu pauvre, petit et enfant.
En
entrant dans le monde, le premier sentiment du cœur de ce Dieu anéanti
fut un sentiment de dévouement et d'amour pour nous. Il dit à son Père :
Mon Père, me voici; je viens pour accomplir votre volonté.
C'est-à-dire, je viens pour sauver l'homme, pour être sa caution ; je
prends sur moi toutes les peines qui lui sont dues. Jésus renonce aux
honneurs, aux richesses, aux plaisirs dont il aurait pu jouir ; il
embrasse une vie pauvre, humiliée, souffrante, lors même qu'une seule
goutte de son sang, qu'une de ses larmes, un seul de ses soupirs eût
suffi pour racheter des milliers de mondes, puisque la moindre de ses
actions avait une valeur infinie ; il a voulu se consumer de travaux,
être abreuvé de souffrances et d'humiliations, nous donner jusqu'à la
dernière goutte de son sang ; car ce qui était suffisant à la justice du
Père ne l'était pas à l'amour du Fils. L'amour ne dit jamais : C'est
assez, il ne connaît pas de mesure, il ne croit jamais donner trop, et
celui de Jésus n'a été satisfait qu'après s'être donné lui-même.
Voyez
cet aimable Sauveur durant son séjour sur la terre : on voit qu'il est
l'ami des hommes, qu'il les aime tendrement et qu'il veut en être aimé.
Il ne parle que le langage de l'amour, ses paroles ne sont que
l'expression de ses sentiments, ses actions sont des œuvres d'amour. Il
parcourt les villes et les bourgades de la Judée, répandant partout des
bienfaits. Ici, il instruit les ignorants ; là, il console les affligés,
il guérit les malades, il ressuscite les morts. Il pardonne, il remet
les péchés. On dirait qu'il ne peut couler une larme sans que cette
larme tombe sur son cœur, qu'il ne peut entendre un gémissement sans que
son âme en soit émue, qu'il ne peut être témoin d'une souffrance sans
qu'aussitôt elle lui devienne personnelle ; il n'est heureux de sa
puissance que parce qu'il s'en sert pour seconder son amour ; il a plus
de compassion de nos douleurs qu'une mère n'en éprouve pour celles de
son enfant.
Pendant
le cours de la vie mortelle de cet adorable Sauveur, toutes ses
pensées, ses paroles, ses actions se rapportent à nous et lui sont
inspirées par l'amour qu'il nous porte. S'il prie, c'est de la grande
affaire de notre salut qu'il traite avec son Père ; s'il nous recommande
le saint exercice de la prière, c'est qu'il sait qu'elle est la parole
de l'âme, l'expression des sentiments du cœur, l'entretien de la
créature avec son Créateur. Pour exciter notre confiance, il veut que
nous le nommions notre Père ; il s'engage à nous accorder tout ce que
nous demanderons en son nom ; il s'efforce de nous faire comprendre, et
par ses paroles et par ses promesses, que son cœur sera heureux
d'exaucer nos vœux, qu'il ne saurait rien refuser à ceux qu'il aime, et,
en nous recommandant de prier sans cesse, il nous apprend qu'il désire
que nous pensions à lui aussi souvent qu'il pense à nous, c'est-à-dire
toujours ; qu'il a autant de joie à s'entretenir avec nous qu'un père en
a à s'entretenir avec un enfant chéri, qu'un ami avec son ami.
Jésus
recommande sans cesse à ses disciples l'accomplissement du grand
précepte de la charité : il veut qu'ils s'aiment entre eux, comme
lui-même les a aimés ; qu'on les reconnaisse à leur mutuel amour, et que
cet amour soit le caractère distinctif de ses enfants, le lien qui les
unisse à lui, le sceau et le complément de toutes les vertus
chrétiennes.
Sur le point de quitter la vie, le cœur de Jésus est comme partagé entre l'amour qu'il porte à son Père et celui qu'il a pour nous. Il va retourner au ciel, et il ne peut se décider à abandonner la terre. C'est alors que sa sagesse et sa charité s'unissent pour inventer ce mystère sublime qui le rend à la fois citoyen du ciel et habitant de la terre. Avant d'aller à la mort, il institue ce sacrement adorable qu'on peut appeler, à si juste titre, le sacrement de son cœur, le sacrement de son amour. Il ne veut pas que, parmi la foule innombrable des générations humaines que la suite des siècles doit voir naître, aucun homme puisse envier le bonheur de ceux qui vécurent avec lui. Il nous appelle tous au festin qu'il a préparé ; il veut pouvoir presser tous ses enfants contre son cœur et réchauffer chacun d'eux sous les embrassements de sa tendre charité. Tous sont appelés, nul n'est exclu ; il ne fait aucune distinction de rang, de condition, de fortune ; tous ses enfants sont égaux à ses yeux, tous sont également aimés. Devant lui toute différence, toute inégalité disparaît, excepté celle de la vertu. Il veut que le petit vienne s'asseoir à côté du grand à la table d'amour ; l'aliment qu'il donne aux riches est le même que celui qu'il donne aux pauvres. S'il a quelques faveurs de choix, s'il fait quelques grâces privilégiées, ce n'est pas à ceux que le monde encense et favorise ; il les réserve souvent pour l'âme innocente et pure, pour le petit et l'humble de cœur, pour celui enfin qui vient à lui avec plus de pureté et d'amour.
Sur le point de quitter la vie, le cœur de Jésus est comme partagé entre l'amour qu'il porte à son Père et celui qu'il a pour nous. Il va retourner au ciel, et il ne peut se décider à abandonner la terre. C'est alors que sa sagesse et sa charité s'unissent pour inventer ce mystère sublime qui le rend à la fois citoyen du ciel et habitant de la terre. Avant d'aller à la mort, il institue ce sacrement adorable qu'on peut appeler, à si juste titre, le sacrement de son cœur, le sacrement de son amour. Il ne veut pas que, parmi la foule innombrable des générations humaines que la suite des siècles doit voir naître, aucun homme puisse envier le bonheur de ceux qui vécurent avec lui. Il nous appelle tous au festin qu'il a préparé ; il veut pouvoir presser tous ses enfants contre son cœur et réchauffer chacun d'eux sous les embrassements de sa tendre charité. Tous sont appelés, nul n'est exclu ; il ne fait aucune distinction de rang, de condition, de fortune ; tous ses enfants sont égaux à ses yeux, tous sont également aimés. Devant lui toute différence, toute inégalité disparaît, excepté celle de la vertu. Il veut que le petit vienne s'asseoir à côté du grand à la table d'amour ; l'aliment qu'il donne aux riches est le même que celui qu'il donne aux pauvres. S'il a quelques faveurs de choix, s'il fait quelques grâces privilégiées, ce n'est pas à ceux que le monde encense et favorise ; il les réserve souvent pour l'âme innocente et pure, pour le petit et l'humble de cœur, pour celui enfin qui vient à lui avec plus de pureté et d'amour.
Caché
sous les voiles épais de l'Eucharistie, le Dieu d'amour y continue
cependant parmi nous sa mission de miséricorde et de charité. Il ne
descend dans nos cœurs qu'en nous comblant de bienfaits. Il soutient le
faible, il console l'affligé, il rend le repos à l'âme troublée et
craintive, il guérit le cœur brisé, il abrite dans son cœur celui dont
la vertu chancelle. Il rassure le mourant et fait luire à ses yeux
éteints les premiers rayons de ce jour éternel, les premières splendeurs
de cette immortalité glorieuse, dont il lui donne les prémices et le
gage en se donnant à lui. Enfin, il est pour l'homme la manne
mystérieuse qui le nourrit dans le désert de la vie, la colonne de
lumière qui éclaire sa route et dirige ses pas vers l'éternelle patrie,
le rayon de miel qui adoucit toutes les amertumes et fait naître la joie
du sein de ses douleurs.
Voyez
maintenant cet adorable Sauveur étendu sur l'autel de son sacrifice :
affaibli, épuisé de sang, tourmenté par les plus atroces douleurs, les
angoisses de la mort, les déchirements de l'agonie ne peuvent lui faire
oublier ceux qu'il aime. Il nous a tout donné ; ses veines sont épuisées
du sang qu'il a versé pour nous, mais il lui reste une Mère, et le cœur
de cette Mère désolée et chérie est son seul bien, son plus cher trésor
; son amour va nous le léguer encore : il veut que Marie soit aussi
notre mère, qu'elle nous aime comme elle l'aima; alors, tournant vers
elle ses yeux déjà couverts des ombres de la mort, il lui dit en
montrant saint Jean, qui nous représentait tous au pied de la croix :
Voilà votre fils. Et cette parole puissante, qui donnait le genre humain
pour enfant à Marie, lui donna en même temps un cœur de mère pour cette
immense famille ; son amour pour nous naquit au pied de la croix ; il
fut une extension de celui de Jésus : le cœur du Fils et celui de la
Mère n'en firent plus qu'un pour nous aimer.
Peu
d'instants après, la voix mourante du Sauveur se faisait encore
entendre ; du haut de sa croix il s'écriait : J'ai soif. Ce n'était pas
de la soif naturelle que Jésus voulait se plaindre, mais, par ces
simples et touchantes paroles, il a voulu nous faire comprendre que son
cœur a soif de notre amour, afin que chaque voyageur de la vie puisse,
en passant sur le Calvaire, lui offrir cette eau dont il est altéré,
comme une aumône au Dieu que l'amour a dépouillé de tout, à ce Dieu qui
souffre pour son amour, qui n'est pauvre que pour l'enrichir, et qui lui
rendra les trésors de l'éternité en échange de cette eau dont il l'aura
désaltéré.
Après
sa mort Jésus permit encore que le fer d'une lance vînt déchirer son
sein et ouvrir son cœur, afin que son amour nous fût montré à découvert,
que nous pussions aller puiser à pleines mains dans ce trésor
inépuisable tous les biens qui nous manqueraient, et que ce cœur blessé
devînt notre asile, notre refuge dans les maux qui nous font gémir, dans
les périls qui nous environnent.
Pourrions-nous refuser de rendre amour pour amour au Dieu qui nous a tant aimés ? Nous sommes sensibles à la plus légère preuve de tendresse ; un seul bienfait nous touche et suffit pour gagner notre cœur. Jésus serait-il le seul pour lequel nous n'éprouverions ni amour ni reconnaissance ? Nous aimons les créatures ; pourtant nous ne trouvons dans leur affection que vide, inconstance, déceptions. Nous appuyons nos cœurs sur des roseaux qui les déchirent en se brisant, et nous ne trouvons dans ces fragiles amitiés, sur lesquelles nous fondions nos espérances de bonheur, que des chagrins amers, des douleurs poignantes, et souvent des remords. Ah ! désormais aimons sans partage l'ami qui nous a tout donné ; c'est trop peu d'un cœur pour aimer Jésus ; ne le partageons donc pas, ce faible cœur, entre la créature et lui ; aimons Jésus sans partage, et faisons sur la terre l'apprentissage de cet amour qui doit faire notre bonheur éternel. Ainsi soit-il.
Pourrions-nous refuser de rendre amour pour amour au Dieu qui nous a tant aimés ? Nous sommes sensibles à la plus légère preuve de tendresse ; un seul bienfait nous touche et suffit pour gagner notre cœur. Jésus serait-il le seul pour lequel nous n'éprouverions ni amour ni reconnaissance ? Nous aimons les créatures ; pourtant nous ne trouvons dans leur affection que vide, inconstance, déceptions. Nous appuyons nos cœurs sur des roseaux qui les déchirent en se brisant, et nous ne trouvons dans ces fragiles amitiés, sur lesquelles nous fondions nos espérances de bonheur, que des chagrins amers, des douleurs poignantes, et souvent des remords. Ah ! désormais aimons sans partage l'ami qui nous a tout donné ; c'est trop peu d'un cœur pour aimer Jésus ; ne le partageons donc pas, ce faible cœur, entre la créature et lui ; aimons Jésus sans partage, et faisons sur la terre l'apprentissage de cet amour qui doit faire notre bonheur éternel. Ainsi soit-il.

PRÉPARATION À LA COMMUNION
Pour le premier vendredi d'avril.
Disparaissez, souvenirs de la terre, pensées frivoles, préoccupations de la vie et du monde, vaines affections des créatures ; laissez-moi me recueillir en paix ; ne troublez plus le silence de mon âme. Il me faut en cet instant toutes les pensées de mon esprit pour méditer la grandeur du bienfait qui va m être accordé ; il me faut surtout toute la place de mon cœur pour l'hôte divin qui va venir à moi, toute l'étendue, toute la vivacité de mes affections pour répondre à l'amour qui abaisse un Dieu jusqu'à mon néant.
Pour le premier vendredi d'avril.
Disparaissez, souvenirs de la terre, pensées frivoles, préoccupations de la vie et du monde, vaines affections des créatures ; laissez-moi me recueillir en paix ; ne troublez plus le silence de mon âme. Il me faut en cet instant toutes les pensées de mon esprit pour méditer la grandeur du bienfait qui va m être accordé ; il me faut surtout toute la place de mon cœur pour l'hôte divin qui va venir à moi, toute l'étendue, toute la vivacité de mes affections pour répondre à l'amour qui abaisse un Dieu jusqu'à mon néant.
Quelle
est cette voix qui s'est fait entendre à moi ? C'est la voix du
Créateur des mondes, du Dieu des éternités, qui retentit au fond de mon
âme. Elle m'appelle, cette voix ; elle me dit de préparer mon cœur, d'en
bannir la crainte, et de l'ouvrir entièrement à la confiance et à
l'amour ; car le Dieu saint et puissant qui vient à moi y vient dans un
esprit de charité et de miséricorde.
Ah ! l'attrait qui m'attire à vous, Dieu d'amour, Dieu si bon de l'Eucharistie, est bien vif et bien tendre ! Devant vous, ô Jésus, l'amour succède à la crainte ; mon cœur ne tremble plus, il n'a de force que pour aimer. Pourtant, Seigneur, je confesse, à la face du ciel et de la terre, ma triple indignité ; mais plus je sens ma petitesse et ma misère, plus j'éprouve de reconnaissance et d'amour pour le Dieu qui s'abaisse jusqu'à moi, et qui oublie sa sainteté, sa grandeur, pour venir habiter la demeure si indigne et si pauvre de mon cœur.
Ah ! l'attrait qui m'attire à vous, Dieu d'amour, Dieu si bon de l'Eucharistie, est bien vif et bien tendre ! Devant vous, ô Jésus, l'amour succède à la crainte ; mon cœur ne tremble plus, il n'a de force que pour aimer. Pourtant, Seigneur, je confesse, à la face du ciel et de la terre, ma triple indignité ; mais plus je sens ma petitesse et ma misère, plus j'éprouve de reconnaissance et d'amour pour le Dieu qui s'abaisse jusqu'à moi, et qui oublie sa sainteté, sa grandeur, pour venir habiter la demeure si indigne et si pauvre de mon cœur.
Je
le sais, Seigneur, un abîme appelle un autre abîme : l'abîme de mon
néant appelle celui de votre être divin ; l'abîme de ma faiblesse
appelle celui de votre force ; l'abîme de ma petitesse, de mon
impuissance et de ma froideur attire celui de votre grandeur, de votre
puissance et de votre charité. Ah ! venez, ô mon Jésus, venez exercer
sur moi la plénitude de vos miséricordes ; venez verser sur mon pauvre
cœur la surabondance d'amour qui embrase le vôtre. Mon âme est altérée
de la soif de la justice ; elle a soif surtout de cet amour divin qui
est la justice parfaite, la sainteté consommée. Laissez-la, Seigneur,
laissez-la, cette pauvre âme, se désaltérer et étancher sa soif à ces
sources d'eaux vives qui coulent de votre cœur et jaillissent jusqu'à la
vie éternelle ; laissez-la boire à longs traits de cette eau pure qui
donne la vie et ôte pour toujours la soif des jouissances terrestres,
des eaux empoisonnées du vice. Mon cœur est bien froid, ô aimable
Sauveur, il est insensible et glacé ; vos bienfaits n'ont pas encore
amolli sa dureté, ni votre tendresse fondu la glace qui l'environne.
Souffrez, Seigneur, qu'il s'approche de vous, qui êtes un feu consumant,
pour être échauffé par les flammes divines qui s'échappent de cette
fournaise d'amour. Qu'il se fonde devant vous, ô mon Dieu, ce cœur
insensible et ingrat, comme la cire se fond à l'ardeur d'un grand feu ;
qu'il vous aime enfin ; qu'il n'ait plus de sensibilité que pour vous ;
qu'il répare par la vivacité de ses affections les trop longues années
qu'il a vécu sans vous aimer !
Je
ne vous demande pas, Seigneur, les douceurs et les consolations de
votre amour ; je suis indigne de ces chastes délices, de ces divines
caresses, de ces grâces de choix, dont vous vous plaisez à favoriser
quelques âmes d'élite, et qui sont la récompense de leur vertu et de
leur fidélité. Non, non, je ne leur envie point ces saints transports,
ces jouissances enivrantes qui leur font oublier la terre et leur
donnent-ici bas un avant goût du ciel. C'est là, je le sais, le pain des
enfants ; heureuse si je puis obtenir les miettes qui tombent de leurs
tables ! Ce que je vous supplie de me donner, Seigneur, c'est votre
amour ; cet amour généreux et constant, qui grandit dans les sacrifices
et les privations ; cet amour pur, qui craint de vous déplaire, qui ne
veut que vous, qui n'aspire qu'à vous, qui se détache de tout, même de
vos dons, pour s'unir plus étroitement à vous seul. Venez, Seigneur,
l'enseigner à mon cœur, cet amour qui a été la source du courage des
martyrs, du zèle des confesseurs, de la pureté des vierges, des
austérités des pénitents. C'est lui qui a peuplé les solitudes et les
déserts de ces anges mortels que le ciel enviait à la terre ; c'est lui
qui inspire le mépris du monde à ces âmes pures qui vont au fond des
cloîtres perdre le souvenir de l'univers entier, s'oublier elles-mêmes
pour ne se souvenir que de vous. C'est cet amour qui inspire encore tous
les jours tant de sublimes dévouements, tant de charité ; qui fait
croître jusqu'au milieu du monde des vertus dont l'héroïsme est tout à
la fois la gloire de votre religion et la condamnation de vos ennemis.
Oh ! venez, Jésus, venez me donner ces divines leçons que vous aimez à
faire entendre au cœur
que vous visitez ; venez déposer dans mon âme la précieuse étincelle de
ce feu mystérieux qui brûle sans consumer, qui éclaire, purifie, et,
semblable aux rayons bienfaisants du soleil, fait éclore partout des
fleurs et mûrir des fruits, mais de ces fleurs qui ne se flétrissent pas
au souffle de l'aquilon, et de ces fruits qui se conservent pour
l'éternité.
Et
vous, ô Marie, mère du bel amour ; siège de la sagesse éternelle,
premier tabernacle de mon Dieu, fleur précieuse qui avez pendant
quelques années embaumé notre terre de votre doux parfum, vous que la
main du Seigneur a transplantée dans le ciel, notre reine et notre
avocate, voyez mon indigence et soyez-en touchée. Jésus, votre Jésus
vient à moi, il s'avance ; mon cœur voudrait l'aimer, et il reste froid ;
je n'ai à lui offrir que des désirs stériles et une volonté
impuissante. Ah ! prêtez-moi votre cœur pour voler à sa rencontre, ou
recevez-moi dans cet asile sacré, et que vos brûlants transports, votre
amour de mère, présentés pour moi à ce Fils que vous avez tant aimé,
soient comme un vêtement précieux qui cache la nudité et la pauvreté de
mon âme, et me fasse trouver grâce à ses yeux.
Ainsi soit-il.
Ainsi soit-il.

ACTION DE GRÂCES.
Recueillez-vous, puissances de mon âme ; étonne-toi, ô ma faible raison ! Et toi, mon cœur, livre-toi tout entier au transport de la reconnaissance et du plus tendre amour ; car ton Dieu, oubliant ta bassesse, ta profonde misère, t'a choisi pour son tabernacle ; Jésus habite en toi ! il est en toi ! il vit en toi !...
Je crois, Seigneur, oui, je crois à la grandeur de votre amour, à l'excès de mon bonheur. Mais que dis-je, je crois ? Ah ! la foi ne m'est plus nécessaire ; je sens mon Dieu, je le vois au fond de mon cœur ; les nuages qui le voilaient à mes yeux s'évanouissent ; mon âme découvre sa grandeur, sa majesté, sa gloire ! Il m'ouvre tous les trésors de son cœur ; sa voix me parle, il me révèle tous les secrets de son amour. C'est maintenant que je puis m'écrier : J'ai trouvé celui que j'aime, et je ne le laisserai point aller !
Recueillez-vous, puissances de mon âme ; étonne-toi, ô ma faible raison ! Et toi, mon cœur, livre-toi tout entier au transport de la reconnaissance et du plus tendre amour ; car ton Dieu, oubliant ta bassesse, ta profonde misère, t'a choisi pour son tabernacle ; Jésus habite en toi ! il est en toi ! il vit en toi !...
Je crois, Seigneur, oui, je crois à la grandeur de votre amour, à l'excès de mon bonheur. Mais que dis-je, je crois ? Ah ! la foi ne m'est plus nécessaire ; je sens mon Dieu, je le vois au fond de mon cœur ; les nuages qui le voilaient à mes yeux s'évanouissent ; mon âme découvre sa grandeur, sa majesté, sa gloire ! Il m'ouvre tous les trésors de son cœur ; sa voix me parle, il me révèle tous les secrets de son amour. C'est maintenant que je puis m'écrier : J'ai trouvé celui que j'aime, et je ne le laisserai point aller !
C'est
bien maintenant encore que je puis dire : Mon bien-aimé est tout à moi,
et je suis toute à lui. Oui, vous êtes tout à moi, ô Jésus, Dieu de
l'Eucharistie ; votre corps, votre sang, votre âme, votre divinité sont à
moi ; votre cœur surtout est mon bien, ma propriété, mon trésor. Il
m'appartient, ce cœur qui m'a tant aimée, qui m'aime tant encore ; ce
cœur dont toutes les pensées, les sentiments, les affections ont été
pour moi ; ce cœur qui a tant soupiré, tant gémi, tant souffert pour mon
salut ; ce cœur qui m'a comblée de tant de bienfaits, qui m'a accordé
tant de grâces, qui a battu trente-trois années pour moi, qui m'a donné
ses mérites, son sang, sa vie, qui s'est donné lui-même, il est à moi.
Ah ! mon âme ne peut suffire à l'abondance des sentiments qui se
pressent en elle ; elle est trop faible pour supporter tant de bonheur,
trop petite, trop étroite pour contenir le torrent d'amour dont elle est
inondée. Aussi, mon Dieu, elle reste muette, elle s'anéantit devant
vous ; elle ne peut que s'écrier, dans sa reconnaissance et son
ravissement : C'est assez, Seigneur, c'est assez de bonheur ; ou
montrez-vous moins aimable, ou agrandissez mes facultés aimantes,
étendez la capacité de mon amour, car il veut vous aimer plus, et il ne
peut vous donner davantage.
Puisque
vous êtes tout à moi, ô aimable Sauveur, je veux être toute à vous. Je
veux que mon esprit ne soit occupé que de vos grandeurs ; que ma mémoire
ne soit remplie que du souvenir de vos bienfaits ; que ma volonté se
perde et s'anéantisse dans la vôtre ; que mon cœur surtout ne brûle que
du feu de votre amour, et qu'il se consume sans cesse des saintes
ardeurs de la charité. Je veux enfin ne penser qu'à vous, n'agir que
pour vous, n'aspirer qu'après vous, n'aimer plus que vous, être à vous
entièrement, sans réserve, sans partage, et pour toujours. Je veux tout
cela, ô mon Jésus, je le veux sincèrement, et pourtant je tremble au
souvenir de ma faiblesse et de mon inconstance. Tant de fois déjà, mon
Dieu, je vous ai juré en vain un éternel amour ! tant de fois je vous ai
fait inutilement hommage de mon cœur ! Une triste expérience ne m'a que
trop appris quel cas je devais faire de mes résolutions les plus sin cères
et en apparence les plus solides. Vous le savez, Seigneur, mes
promesses ont été semblables à ces fleurs passagères qui s'épanouissent
le matin aux premiers rayons du soleil, et qui, avant le coucher de cet
astre, ont déjà perdu leur éclat et leur fraîcheur. Je ne suis constante
que dans mon inconstance et ma fragilité ; comme ces feuilles
desséchées que le vent d'automne balaie et entraîne loin de l'arbre qui
les a vues naître, ainsi le moindre souffle d'orage suffit pour
m'éloigner de vous et me faire oublier mes serments. Oh ! quand donc
luira-t-il pour moi, Seigneur, ce jour si beau de l'éternité, ce jour où
commencera l'éternel amour ? Quand donc mon âme, dégagée de son
enveloppe mortelle, pourra-t-elle quitter ce monde où vous êtes si peu
connu, si peu aimé, où tant d'ennemis se liguent contre elle, où tant de
dangers l'environnent, où tant d'épines la déchirent et la blessent ?
Ne viendra-t-il jamais, ce moment fortuné où, sur les ruines de sa
prison de boue, elle entonnera l'hymne de l'immortalité et de l'amour,
où elle s'élancera vers les cieux pour se perdre, se fixer en vous, qui
êtes son principe et sa fin ?
O
vous, Vierge sainte, dont l'amour a été l'élément et la vie, vous qui,
par la grandeur de votre charité, vous êtes élevée au dessus de toutes
les filles de Sion, couvrez de votre protection maternelle l'étincelle
du feu sacré que votre Jésus vient de déposer dans mon cœur ; attisez-la
de votre souffle tout puissant ; prêtez à ma faiblesse l'appui de votre
force ; soyez la caution, le garant des nouvelles promesses que je
viens de faire à votre divin Fils. Je les dépose dans votre cœur
immaculé, afin que dans cet asile sacré, bénies par vous, elles
acquièrent chaque jour une stabilité qui les fasse servir à ma
sanctification et à mon bonheur.
Ainsi soit-il.
VISITE AU SACRÉ CŒUR DE JÉSUS
Considéré comme ami.
Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis, disiez-vous autrefois à vos apôtres, ô aimable Jésus ! Cette parole si douce, si consolante, qui leur promettait un Dieu pour ami, ne fut pas dite pour eux seuls ; elle s'adresse à tous les hommes, aux petits comme aux grands, aux ignorants comme aux savants, aux pauvres comme aux riches ; elle s'adresse à moi. Tous nous pouvons aspirer à l'amitié de notre Dieu et prendre avec lui cette sainte familiarité qu'un ami prend avec son ami.
Ainsi soit-il.

Considéré comme ami.
Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis, disiez-vous autrefois à vos apôtres, ô aimable Jésus ! Cette parole si douce, si consolante, qui leur promettait un Dieu pour ami, ne fut pas dite pour eux seuls ; elle s'adresse à tous les hommes, aux petits comme aux grands, aux ignorants comme aux savants, aux pauvres comme aux riches ; elle s'adresse à moi. Tous nous pouvons aspirer à l'amitié de notre Dieu et prendre avec lui cette sainte familiarité qu'un ami prend avec son ami.
Mon
âme tressaille d'allégresse à cette pensée. Jésus m'aime, il veut être
mon ami, il m'offre son cœur, il me demande le mien, il me permet de
l'aimer. Devant un tel amour, ma raison s'étonne et se tait, mon esprit a
peine à comprendre cet excès de miséricorde et de générosité ; mais mon
cœur le croit, il palpite de tendresse pour le Dieu qui s'abaisse pour
l'élever, et, dans l'ardeur de sa reconnaissance, il réunit ses facultés
aimantes pour s'élancer avec plus de force vers l'objet divin de son
amour ; il se replie sur lui-même pour savourer en silence la douceur de
ce mot : Jésus est à moi !
Un roi de la terre s'offenserait si un de ses sujets, placé dans une des classes les plus infimes de la société, osait se dire son ami, s'il lui disait : Je vous aime. Il honore ceux que la faveur approche de sa personne en les nommant ses favoris. Mais vous, mon Jésus, vous roi des siècles éternels, vous seul grand d'une grandeur que vous n'empruntez ni à l'éclat de la naissance, ni aux grandeurs, ni aux pompes du monde, mais que vous tenez de vous-même, non seulement vous ne rougissez pas de notre amour, mais vous le demandez, vous le sollicitez, et vous paraissez heureux et reconnaissant quand vous l'obtenez.
Un roi de la terre s'offenserait si un de ses sujets, placé dans une des classes les plus infimes de la société, osait se dire son ami, s'il lui disait : Je vous aime. Il honore ceux que la faveur approche de sa personne en les nommant ses favoris. Mais vous, mon Jésus, vous roi des siècles éternels, vous seul grand d'une grandeur que vous n'empruntez ni à l'éclat de la naissance, ni aux grandeurs, ni aux pompes du monde, mais que vous tenez de vous-même, non seulement vous ne rougissez pas de notre amour, mais vous le demandez, vous le sollicitez, et vous paraissez heureux et reconnaissant quand vous l'obtenez.
Pendant
votre vie mortelle, votre cœur, ô Jésus, s'est montré sensible aux
charmes de l'amitié ; vous aimiez Lazare, vous ne dédaigniez pas de le
visiter, de vous asseoir à sa table, et, en vous voyant pleurer sa mort,
les Juifs étonnés s'écriaient avec admiration : Voyez comme il l'aimait
! L'innocence et la pureté de Jean gagnèrent aussi votre cœur : parmi
tous vos apôtres vous l'aimâtes d'un amour de préférence ; vous lui
permîtes une sainte familiarité, vous lui découvrîtes les secrets de
votre amour, et, le jour où cet amour allait se manifester au monde par
l'institution du plus grand de tous les sacrements, vous voulûtes bien
qu'il reposât sa tête sur votre sein, et, semblable à une tendre mère,
vous sembliez l'endormir sur votre cœur, comme le plus aimé de vos
enfants.
Aujourd'hui,
Seigneur, vous avez encore des amis, et vous remplissez envers eux tous
les devoirs de l'amitié ; vous ne vous contentez pas de leur faire part
de tous vos biens, de les enrichir des trésors de vos mérites et de
votre grâce, mais vous répondez à leur amour par la confiance ; vous
semblez n'avoir plus de secrets pour eux ; votre sagesse les éclaire et
dissipe les ténèbres de leur ignorance ; vous aimez à vous entretenir
avec eux, à épancher pour ainsi dire votre cœur dans leurs cœurs, et,
dans ces mystérieuses communications du Créateur avec sa créature, vous
les enivrez de délices que le monde ne comprend pas ; quelquefois vous
soulevez un coin du voile qui leur cache la splendeur de votre face et
laissez tomber sur vos amis de la terre une goutte de ce torrent de
félicités dont s'enivrent ceux que vous avez déjà couronnés dans le
ciel.
Oui,
vous êtes, ô Jésus, le meilleur, le plus tendre, le plus constant des
amis. Vous êtes la force, l'appui de ceux que vous aimez ; vous soutenez
leur faiblesse, vous compatissez à leur infirmité, vous les secourez au
jour du péril, vous êtes leur défenseur au moment du danger. Si
l'affliction vient les frapper, si la douleur les oppresse, si la
souffrance les fait gémir, vous accourez au premier cri de leur détresse
; votre amitié réclame le droit d'essuyer leurs premières larmes,
d'être leur seul consolateur. Loin de vous rebuter du récit de leurs
peines, de la longueur de leurs maux, vous aimez à les voir pleurer à
vos pieds, à compter leurs soupirs ; mais c'est pour leur tenir compte
de tout, et pour leur rendre un jour une mesure de joie proportionnée à
celle de leur douleur.
Que
de déceptions, d'inconstances, de légèretés dans les amitiés de la
terre ! Qu'il y a peu d'amis vrais, sincères, dont la tendresse soit à
l'abri du temps et des revers ! Qu'ils sont vains et fragiles, tous ces
appuis humains sur lesquels on aime à reposer son cœur, à asseoir ses
espérances ! Parmi ceux sur lesquels nous comptons, les uns n'ont pas la
volonté de nous être utiles, les autres en ont le désir, mais ils n'en
ont pas le pouvoir. Puis, elles sont mensongères et trompeuses, ces
affections terrestres ; un rien suffit pour briser des liens qui
paraissaient indissolubles ; elles sont égoïstes, intéressées ; on aime
pour soi, pour son agrément ou son intérêt. L'homme heureux trouve de
nombreux amis toujours empressés de s'associer à ses joies, de partager
ses plaisirs et ses fêtes ; mais si l'adversité remplace le bonheur, les
amis disparaissent, et il est rare qu'il en reste un seul dont le
dévouement résiste à la vue des larmes, au spectacle de la douleur.
Il
n'en est pas ainsi de vous, ô Jésus ; votre amitié est pure et
désintéressée, elle est pleine de fidélité et de constance ; vous nous
aimez pour nous, pour notre bonheur ; vous ne vous lassez ni de notre
froideur, ni de notre dureté ; notre ingratitude même en peut ébranler
votre constance. Vous supportez nos rebuts, nos dédains, avec une
patience inaltérable ; si nous vous fermons nos cœurs, vous attendez
avec bonté que nous soyons disposés à vous les rouvrir ; et lorsque nous
revenons à vous, loin de nous repousser à votre tour, vous tendez les
bras à l'ingrat qui vous a dédaigné, méconnu, vous le pressez sur votre
cœur, vous oubliez ses offenses, et vous ne vous souvenez que de la joie
que vous cause son retour.
Et
quand la mort vient de sa main de fer briser les liens du sang et de la
nature, quand vient à sonner la dernière heure de celui qui fut votre
ami, vous êtes encore là, ô Jésus ; vous adoucissez à celui que vous
aimez les douleurs de la maladie, les angoisses de l'agonie ; votre
amour lui reste, alors que tous les autres lui font défaut et lui
manquent à la fois ; vous le rassurez contre les frayeurs de la mort ;
vous le soutenez dans ses derniers combats, lorsque son âme tremblante
s'élance avec effroi dans ces régions inconnues qui s'ouvrent devant
elle ; vous l'attendez au seuil de l'éternité ; c'est dans votre sein
qu'elle va se perdre, c'est votre amour qui la reçoit et l'introduit
dans les tabernacles éternels.
A
vous donc, ami incomparable, à vous seul toute la tendresse, toutes les
affections de mon cœur. Périssent pour moi ces amitiés mensongères qui
m'ont rassasié de dégoûts, d'amertumes et d'ennuis ! C'est sur vous,
oui, sur vous seul, ô Jésus, que je compte désormais ; c'est sur votre
cœur que je veux m'appuyer pendant le pèlerinage de la vie ; c'est à lui
que je confierai mes douleurs et mes peines, à lui que je demanderai
aide et consolation dans le temps, de lui que j'espérerai gloire et
bonheur pour l'éternité.
Ainsi soit-il.
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