Considération pour le premier vendredi de septembre
Amour du sacré cœur de Jésus pour la pauvreté

Celui
dont le ciel est la demeure, qui appuie les marches de son trône sur
les ailes des chérubins ; celui à qui tout appartient et qui tient en sa
main tous les trésors de l'univers, qui est lui-même la source des
seuls biens réels, des seules véritables richesses ; le Dieu qui, dans
son infinie sagesse, méprise et regarde comme de la boue cette brillante
poussière qui éblouit nos yeux et séduit nos cœurs ; ce Dieu si grand,
abaissant ses regards sur la terre, y a découvert une perle précieuse
qui ne se trouvait pas dans le ciel, et il est aussitôt descendu des
hauteurs de sa gloire pour venir chercher ce trésor dont le prix
ravissait son cœur, pour faire une alliance éternelle avec la pauvreté
et promettre à cette fille de la terre la première place de son royaume.
La
pauvreté, oui, voilà la richesse, le trésor de Jésus, la compagne
inséparable de sa vie. Il est le Verbe du Père, la splendeur de sa
gloire, l'expression de sa substance ; il a l'éternité pour durée,
l'immensité pour domaine, la lumière pour vêtement ! Sa main distribue
aux enfants des rois des sceptres et des couronnes ; il affermit leurs
trônes ou les renverse à son gré ! Et quand il vient habiter parmi nous,
c'est la pauvreté qu'il charge de préparer son berceau, c'est elle qui
l'accueille et le reçoit à son entrée dans la vie ; elle s'attache à
tous ses pas, elle monte avec lui sur l'arbre de la croix, elle le
couchera dans la tombe et scellera la pierre du sépulcre !... Non,
grands du monde, savants, philosophes superbes, ne cherchez pas le Fils
de l'Éternel dans les palais des Césars, sous leurs lambris dorés ; leur
pourpre ne couvre pas ses membres délicats ; le luxe et l'opulence qui
entourent
leur trône ne répandront pas leur éclat sur les premiers jours de celui
qui vient pour être le législateur du monde, qui naît pour
anathématiser ses pompes et ses grandeurs. La pauvreté connaît déjà la
fille de David, la mère du Messie ; elle ne la conduit pas au palais de
ses pères ; elle n'a pas préparé la couche de l'Enfant-Dieu dans
l'ancienne et somptueuse demeure des rois de Juda, mais dans l'humble
étable de Bethléem ! Voilà le palais qui entend les premiers soupirs du
Roi des rois, du Maître de l'univers !... Une crèche, voilà le lit où il
repose !... Des langes grossiers, telle est la pourpre dont il est
couvert !... De pauvres pasteurs sont ses seuls courtisans, ses premiers
adorateurs !!!
Porté
au temple par sa bonne Mère, elle offre, pour la rançon de l'Agneau
divin dont le sang doit effacer les péchés du monde, le présent
qu'offraient les pauvres pour le rachat de leurs enfants. Et lorsqu'il
faut fuir en Égypte pour dérober Jésus au fer du tyran qui a juré sa
mort, la pauvreté les suit au désert ; elle le traverse avec la sainte
famille, prend place à son foyer, et devient l'hôte habituelle de sa
demeure.
Pauvre
sur la terre étrangère, Jésus l'est encore sur celle de la patrie ; il
grandit sous le toit du pauvre charpentier ; sa vie est celle des
pauvres. L'ordre, l'activité de Marie entretiennent la propreté dans la
maison, mais tout y est simple et pauvre ; les vêtements de Jésus sont
semblables à ceux des enfants du peuple, sa nourriture est commune, et
les mets qui couvrent la table du riche et flattent sa délicatesse ne
paraissent jamais sur celle de la sainte famille. Jésus croît en âge, et
le travail, l'humiliation, la douleur, ces satellites de la pauvreté,
deviennent ses compagnes inséparables ; il porte le poids du jour et de
la chaleur, et gagne à la sueur de son front le pain qui le nourrit.
Lorsque
le Sauveur quitte sa vie cachée pour commencer ses travaux
apostoliques, la pauvreté la plus entière est encore son partage ; il
n'a pas de toit pour abriter sa tête ; rien ne lui appartient sur la
terre ; il n'a ni or ni argent pour fournir à ses besoins et à ceux de
ses apôtres ; et quand il doit payer le tribut à César, il faut qu'il
fasse un miracle pour se procurer la pièce de monnaie exigée pour
l'impôt. La pauvreté et le dénuement de Jésus sont si grands, qu'il dit
lui-même : Les oiseaux du ciel ont leurs nids, les renards ont leurs
tanières, mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête ! Mais
cette pauvreté à laquelle le monde jetait son mépris et que du haut de
son fastueux orgueil il regardait avec dédain, non seulement était
supportée avec patience par le Dieu humble qui l'avait choisie et
embrassée , mais elle faisait les délices de son cœur ; il l'aimait et
voulait que ses disciples l'aimassent. Avant lui, quelques philosophes
de l'antiquité, éclairés des seules lumières de la raison, avaient
reconnu le mérite de la pauvreté et l'avaient embrassée ; mais la
pauvreté qu'ils aimaient n'était pas l'humble dénuement de Jésus ;
c'était une vertu d'ostentation et de parade qui alimentait leur orgueil
; ils la pratiquaient non pour sa beauté et ses avantages, mais pour la
gloire qu'elle faisait rejaillir sur eux ; ils voulaient acheter une
vaine réputation de sagesse, s'élever au dessus des autres, affectant de
mépriser, refusant même les biens dont ils étaient avides. Jésus aime
la pauvreté, au contraire, parce qu'elle est la gardienne de l'humilité ;
il méprise les richesses, il apprend à ses disciples à les mépriser à
son exemple ; car, si elles sont sans danger pour lui, elles ne le sont
pas pour eux ; elles sont un écueil dangereux où la vertu la plus solide
vient trop souvent échouer ; elles nourrissent l'orgueil et toutes les
passions en leur procurant le moyen de se satisfaire ; elles
endurcissent le cœur, y font naître l'égoïsme, y éteignent souvent le
feu céleste de la charité. Le Sauveur met la pauvreté au premier rang
des béatitudes évangéliques ; il ne lui promet pas le ciel comme une
récompense qui paiera un jour ses sacrifices et ses épreuves, mais il
l'assure qu'il lui appartient déjà, que c'est un héritage sur lequel
elle a des droits inaliénables et qui ne saurait lui échapper.
Jésus
veut que ceux qui le suivent embrassent l'austérité de sa morale,
qu'ils n'ambitionnent point les biens fragiles qui s'évanouissent à la
mort, qu'ils n'aspirent qu'à ceux de l'éternité, se souvenant qu'ils
sont ici-bas étrangers et voyageurs ; que, ne faisant que passer sur la
terre, il est inutile d'y étendre leurs possessions, qu'il faudra
bientôt quitter ; qu'il est surtout dangereux d'y attacher leurs cœurs ;
que toutes leurs espérances doivent s'élever en haut ; que tous leurs
projets de fortune doivent tendre à cette heureuse patrie où son amour
leur prépare une demeure permanente et d'impérissables richesses.
Jésus
veut encore que ses disciples poussent le détachement des biens de la
terre jusqu'à ne point s'inquiéter des choses temporelles ; il n'en
défend pas un soin raisonnable, mais il veut qu'après avoir pris ce
soin, ils se reposent sur sa providence et s'abandonnent à elle pour
tout ce qui regarde les besoins du corps, afin d'être plus libres de
s'occuper entièrement de la seule chose nécessaire, de l'importante
affaire du salut, leur promettant que, s'ils cherchent avant tout le
royaume de Dieu et sa justice, tout leur sera donné par surcroît.
C'était peu pour le Sauveur de marquer en toutes circonstances son estime pour la pauvreté, de la prendre pour son partage, de la combler d'éloges ; sa bouche adorable, qui s'ouvrait sans cesse pour bénir les pauvres et la pauvreté, ne cessait de lancer des anathèmes contre les richesses et de menacer des plus terribles châtiments ceux qui y attachaient leurs cœurs. L'Évangile est plein de ces menaces, et Jésus va jusqu'à dire qu'il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille. Qui ne tremblerait en entendant ce langage du Dieu de vérité ? Quel est celui qui, ayant médité sérieusement ces paroles, s'il est riche, ne détachera pas son cœur des biens qu'il possède ; s'il est pauvre, ne bénira pas la Providence de l'avoir délivré d'un danger auquel il est si difficile de se soustraire ?
C'était peu pour le Sauveur de marquer en toutes circonstances son estime pour la pauvreté, de la prendre pour son partage, de la combler d'éloges ; sa bouche adorable, qui s'ouvrait sans cesse pour bénir les pauvres et la pauvreté, ne cessait de lancer des anathèmes contre les richesses et de menacer des plus terribles châtiments ceux qui y attachaient leurs cœurs. L'Évangile est plein de ces menaces, et Jésus va jusqu'à dire qu'il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille. Qui ne tremblerait en entendant ce langage du Dieu de vérité ? Quel est celui qui, ayant médité sérieusement ces paroles, s'il est riche, ne détachera pas son cœur des biens qu'il possède ; s'il est pauvre, ne bénira pas la Providence de l'avoir délivré d'un danger auquel il est si difficile de se soustraire ?
Si
Jésus a aimé la pauvreté, les pauvres étaient les objets de sa
prédilection. Il a vécu parmi eux et les a toujours traités comme les
bien-aimés de son cœur. Il veut que sa Mère, que son père adoptif soient
pauvres. Les compagnons de son apostolat sont de pauvres pêcheurs, ne
possédant au monde que leurs barques et leurs filets, qu'ils sont
obligés d'abandonner pour le suivre et s'attacher à lui. Ses premiers
adorateurs sont les pauvres et les petits ; le bon Sauveur se se plaît à
les évangéliser, parce que leur cœur est mieux disposé que celui des
riches à recevoir la divine parole ; ils n'ont pas de préventions contre
une morale qui prêche le détachement de toutes choses, la tempérance,
la fuite des plaisirs qui leur sont inconnus, qui ordonne la pénitence,
et leur apprend à changer en vertus, en actes héroïques, les sacrifices
et les privations qui sont le partage de toute leur vie.
Aussi
c'est en faveur des pauvres que le Fils de l'homme opère ses plus
éclatants miracles ; c'est pour les consoler, soulager leurs
souffrances, que ses mains s'ouvrent, répandant partout des bienfaits;
c'est peur eux qu'il garde ses plus douces paroles, ses plus magnifiques
promesses ; il se fait leur avocat, il plaide leur cause auprès des
riches, auxquels il ne promet le ciel qu'autant qu'ils seront sensibles à
leurs misères, que, touchés de leur dénuement, ils auront répandu dans
leur sein leur superflu et une partie de leur abondance. Partout il se
montre leur ami, leur frère ; il veut qu'on le voie dans leurs
personnes, et il assure qu'il regardera comme fait à lui-même ce que
l'on aura fait au moindre des siens. Et lorsqu'au dernier jour du monde,
il viendra distribuer à ses élus des récompenses, il semblera oublier
toutes les vertus pour ne louer que la charité. Il ne parlera pas du
courage des martyrs, de la sainteté des confesseurs, de la pureté des
vierges, de l'austérité des pénitents, mais des œuvres de miséricorde
que chacun d'eux aura exercées envers ses frères, et voici les dernières
paroles qu'il leur adressera, en posant sur leur front glorieux la
couronne de l'immortalité : Venez, les bénis de mon Père, posséder le
royaume que je vous ai préparé ; j'ai eu faim, et vous m'avez donné à
manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais nu, et
vous m'avez couvert ; malade, prisonnier, et vous m'avez visité ; car
vous avez fait toutes ces choses pour moi toutes les fois que vous les
avez faites pour le plus petit d'entre les miens.
Pour
faire briller davantage son amour pour la pauvreté, Jésus a voulu
mourir comme il avait vécu. En montant sur l'autel de son sacrifice, il
veut que son dévouement soit absolu ; il consent même à être dépouillé
de ses pauvres vêtements, que d'avides soldats se disputent et tirent au
sort sous ses yeux au pied de la croix. C'est encore par esprit de
détachement qu'il supporte sans se plaindre, non seulement la dureté des
bourreaux qui lui refusent le verre d'eau dont il a besoin pour
étancher la soif qui le dévore, mais encore l'abandon de ses apôtres et
de tous ceux qu'il a aimés. Oh ! c'est là, c'est sur la croix surtout,
que Jésus contracte une éternelle alliance avec la pauvreté ; c'est du
haut de cette chaire de vérité que son exemple devient une voix
puissante qui condamne hautement l'amour des richesses et l'attachement
aux faux biens de la terre. C'est là encore qu'elle devient éloquente,
cette voix, pour consoler les pauvres et adoucir les souffrances de leur
pauvreté. Pourraient-ils encore se plaindre de leur indigence, des
privations qu'elle leur impose, en voyant leur Sauveur et leur Dieu
dépouillé de tout, privé des légers soulagements qu'on ne refuse pas aux
plus grands criminels, et ne retenant des choses de la terre, au moment
où il va quitter la vie, qu'une croix et une couronne d'épines, seules
fleurs que la vallée des larmes ait fait croître pour lui ?
La
tombe de celui qui n'eut pas ici-bas où reposer sa tête devait encore
être marquée du sceau de la pauvreté ; ce lit glacé fut donné comme une
aumône au Maître de l'univers, il s'y reposa et y dormit son court
sommeil de mort, comme le voyageur étranger se repose et dort une nuit
sous le toit hospitalier qui l'abrite un instant, mais qui n'est pas à
lui ; et lorsqu'il quitta cette tombe, au jour où par un glorieux réveil
il triomphait de la mort, il y laissa encore les linceuls dont la
charité de quelques disciples cachés avait enveloppé son corps adorable.
Après de tels exemples, oseriez-vous encore murmurer et vous plaindre, vous que le Seigneur a privés des biens de la terre, mais à qui il a accordé la grâce de la pauvreté ? Ah ! souvenez-vous des magnifiques promesses que le Sauveur a faites à votre indigence, mais n'oubliez pas que ces promesses n'auront leur accomplissement qu'autant que la soumission et la résignation auront rendu votre pauvreté méritoire. Ce n'est rien d'être pauvre d'effet, si on ne l'est encore d'esprit et de cœur. Le pauvre qui murmure contre la Providence, qui envie l'opulence du riche, qui désire avec convoitise les biens dont il est privé, n'est pas le pauvre que Jésus bénit et auquel il promet l'éternelle possession de son royaume ; c'est celui seulement qui se soumet et adore en silence les décrets du Seigneur, qui voit sans envie son frère posséder les biens dont il n'a jamais joui, qui ne les désire pas, et qui s'estime heureux d'être partagé comme son divin Maître l'a été.
Après de tels exemples, oseriez-vous encore murmurer et vous plaindre, vous que le Seigneur a privés des biens de la terre, mais à qui il a accordé la grâce de la pauvreté ? Ah ! souvenez-vous des magnifiques promesses que le Sauveur a faites à votre indigence, mais n'oubliez pas que ces promesses n'auront leur accomplissement qu'autant que la soumission et la résignation auront rendu votre pauvreté méritoire. Ce n'est rien d'être pauvre d'effet, si on ne l'est encore d'esprit et de cœur. Le pauvre qui murmure contre la Providence, qui envie l'opulence du riche, qui désire avec convoitise les biens dont il est privé, n'est pas le pauvre que Jésus bénit et auquel il promet l'éternelle possession de son royaume ; c'est celui seulement qui se soumet et adore en silence les décrets du Seigneur, qui voit sans envie son frère posséder les biens dont il n'a jamais joui, qui ne les désire pas, et qui s'estime heureux d'être partagé comme son divin Maître l'a été.
Et
vous, heureux du siècle, riches de la terre, Jésus vous garde aussi une
part de son héritage ; mais s'il ne veut pas que vous l'achetiez par
les humiliations et les sacrifices de la pauvreté, il veut qu'elle soit
le prix de votre libéralité, de vos aumônes et de la miséricorde que
vous exercerez envers ceux de vos frères qu'il a moins bien traités que
vous. N'oubliez pas que, n'étant que les dépositaires et les économes
des biens que le Seigneur vous a confiés, vous devez être les
instruments de sa providence. Éclairés par la foi, voyez votre Sauveur
dans le pauvre qui vous implore et sollicite votre pitié, et, pour le
secourir, ne vous inquiétez pas de savoir s'il est digne de vos
bienfaits ou s'il en est indigne ; ne vous informez pas si son cœur sera
reconnaissant, s'il saura conserver la mémoire de vos bontés ;
souvenez-vous seulement combien la main de celui qui vous demande dans
la personne d'un de ses membres souffrants, fut libérale à votre égard,
et ne craignez que de ne l'être pas assez pour lui. Si, celui que vous
voyez est indigne de vos bienfaits, celui que vous ne voyez pas et au
nom duquel vous les répandez, mérite tous vos respects et votre amour,
et si le cœur du premier est ingrat, celui du second ne l'est pas ; il
inscrira au livre de vie ce que vous aurez fait pour lui, et un jour il
vous rendra avec usure l'aumône que vous aurez faite en son nom.
Rappelez-vous enfin que, si le Seigneur n'exige pas de vous l'abandon
effectif des biens qu'il vous a prêtés, il exige l'abandon de l'esprit
et du cœur ; il veut que vous les possédiez comme ne les possédant pas,
et que vous soyez disposés à en faire le sacrifice sans plainte et sans
murmure, s'il plaisait à sa providence de vous les retirer.
Qui
que nous soyons, regardons la terre comme un lieu de bannissement et
d'exil où nous ne sommes qu'en passant. Imitons le voyageur qui, obligé
de traverser un désert pour retourner dans sa patrie, y dresse sa tente
le soir et sans regret la replie le matin. Son cœur ne s'attache pas aux
lieux arides qu'il parcourt, rien ne lui plaît que le ciel qui l'a vu
naître ; il se débarrasse de tout ce qui pourrait ralentir sa marche, et
presse le pas pour arriver plus tôt au but où se portent sans cesse ses
pensées et ses désirs, et où il pourra enfin oublier, au sein de sa
famille, les fatigues et les dangers d'un long voyage. Qu'importe, en
effet, que nos possessions ici-bas soient plus ou moins étendues,
puisque demain il nous faudra laisser à d'autres, qui le laisseront à
leur tour, ce que nous possédons aujourd'hui ? Pour quelques uns de
nous, il est vrai, le jour de la vie est encore à son aurore ; mais le
soir touche de près au matin, et ce jour passe avec la rapidité d'un
songe. Beaucoup d'entre nous voient déjà leur soleil décliner vers
l'horizon sans fin de l'éternité ; il se fait tard, la nuit vient pour
nous, mais à travers ses ombres nous pouvons entrevoir la terre de la
patrie.
Le
Seigneur vient, il approche, ses mains sont chargées des récompenses et
des couronnes promises au détachement et à l'esprit de pauvreté ;
hâtons-nous de rompre nos liens, de briser les entraves qui retardent
notre course et nous empêchent d'aller, libres et détachés de tout, à
celui qui vient à nous plein d'amour et de bonté.
PRÉPARATION À LA COMMUNION
Pour le premier vendredi de septembre.
Voici l'Agneau de Dieu, voici celui dont le sang efface les péchés du monde. Oui, je le crois, c'est cet Agneau plein de douceur et de bonté, dont le sang adorable a payé la rançon de mon âme, qui va venir à moi ; c'est Jésus, c'est mon Sauveur, c'est mon Dieu, mais un Dieu caché, un Dieu invisible, qui ne peut être connu et aperçu que par les yeux de la foi.
Vous vous étiez communiqué aux hommes , ô mon Dieu, dès l'origine du monde, mais toujours avec un éclat sensible. Adam et Ève, après leur péché, entendirent dans le paradis terrestre une voix terrible et menaçante qui leur annonçait la présence de leur Juge. Les premiers justes eurent quelquefois le bonheur de converser avec vous. Quand vous appelâtes Moïse, vous vous files voir à lui au milieu d'une flamme miraculeuse qui embrasait le buisson sans le consumer. Vous vous montrâtes dans le désert avec tout l'appareil de la majesté et de la puissance. Un nuage épais, une montagne fumante, des foudres et des éclairs, le bruit du tonnerre et des trompettes, annonçaient à votre peuple la présence redoutable du Dieu des armées. Vos prophètes encore vous ont vu assis sur un trône de gloire, environné des anges, qui vous adoraient dans un humble silence, et qui se voilaient de leurs ailes pour n'être point éblouis de l'éclat de votre majesté. Mais ici, ô mon Dieu, cette même majesté paraît entièrement voilée et obscurcie, rien ne l'annonce, rien ne la découvre ; je ne vois aucun des prodiges que vous employiez autrefois pour manifester votre puissance. En suis-je moins heureuse que ceux qui les ont vus ? Non, non, mon Dieu ; plus vous êtes caché, plus vous êtes aimable, plus je comprends l'amour que vous avez pour moi ; plus vous êtes caché, plus mon cœur découvre en vous de grandeur, plus il aime à s'abaisser devant votre adorable majesté. Ce que la foi me découvre dans ce mystère de votre amour me paraît plus admirable que tous les prodiges des premiers temps. Un Dieu caché et anéanti me montre un plus grand prodige que celui d'un Dieu foudroyant et terrible ; il voile sa grandeur et sa gloire par des miracles plus étonnants que ceux qu'il a faits pour la manifester.

Pour le premier vendredi de septembre.
Voici l'Agneau de Dieu, voici celui dont le sang efface les péchés du monde. Oui, je le crois, c'est cet Agneau plein de douceur et de bonté, dont le sang adorable a payé la rançon de mon âme, qui va venir à moi ; c'est Jésus, c'est mon Sauveur, c'est mon Dieu, mais un Dieu caché, un Dieu invisible, qui ne peut être connu et aperçu que par les yeux de la foi.
Vous vous étiez communiqué aux hommes , ô mon Dieu, dès l'origine du monde, mais toujours avec un éclat sensible. Adam et Ève, après leur péché, entendirent dans le paradis terrestre une voix terrible et menaçante qui leur annonçait la présence de leur Juge. Les premiers justes eurent quelquefois le bonheur de converser avec vous. Quand vous appelâtes Moïse, vous vous files voir à lui au milieu d'une flamme miraculeuse qui embrasait le buisson sans le consumer. Vous vous montrâtes dans le désert avec tout l'appareil de la majesté et de la puissance. Un nuage épais, une montagne fumante, des foudres et des éclairs, le bruit du tonnerre et des trompettes, annonçaient à votre peuple la présence redoutable du Dieu des armées. Vos prophètes encore vous ont vu assis sur un trône de gloire, environné des anges, qui vous adoraient dans un humble silence, et qui se voilaient de leurs ailes pour n'être point éblouis de l'éclat de votre majesté. Mais ici, ô mon Dieu, cette même majesté paraît entièrement voilée et obscurcie, rien ne l'annonce, rien ne la découvre ; je ne vois aucun des prodiges que vous employiez autrefois pour manifester votre puissance. En suis-je moins heureuse que ceux qui les ont vus ? Non, non, mon Dieu ; plus vous êtes caché, plus vous êtes aimable, plus je comprends l'amour que vous avez pour moi ; plus vous êtes caché, plus mon cœur découvre en vous de grandeur, plus il aime à s'abaisser devant votre adorable majesté. Ce que la foi me découvre dans ce mystère de votre amour me paraît plus admirable que tous les prodiges des premiers temps. Un Dieu caché et anéanti me montre un plus grand prodige que celui d'un Dieu foudroyant et terrible ; il voile sa grandeur et sa gloire par des miracles plus étonnants que ceux qu'il a faits pour la manifester.
Mais
qui suis-je pour recevoir en moi ce même Dieu qui parlait autrefois à
ces saints patriarches, et qui daignait leur montrer des signes
passagers, mais sensibles, de sa puissance et de sa grandeur ? Hélas !
avec quel respect ne recevaient-ils pas des marques si précieuses de la
bonté divine ? Tremblants et prosternés devant la majesté du Très-Haut,
ils s'humiliaient, s'anéantissaient en sa présence. Oserai-je parler à
mon Dieu, disait Abraham, moi qui ne suis que cendre et que poussière ?
Il n'osait vous parler, Seigneur ; comment donc oserai-je vous recevoir,
moi qui ne suis pas seulement cendre et poussière, mais une cendre
infectée parle péché, une poussière impure et orgueilleuse qui a eu
mille fois la témérité de s'élever contre le Dieu qui l'a formée ?
Comment vous ouvrir l'entrée de mon cœur, moi qui ne mérite pas d'être
honorée d'un seul de vos regards ?
Je
sais, il est vrai, que le Dieu de l'Eucharistie est le Dieu des pauvres
et des petits; mais la pauvreté que vous trouverez dans mon âme, ô
Jésus, n'est pas, hélas ! celle qui plaît à votre cœur ; c'est une
pauvreté qui le repousse et dont il a horreur. Oui, je l'avoue et je le
confesse en gémissant, je suis pauvre, ô mon Dieu, mais pauvre de
vertus, pauvre des biens de la grâce ; je suis dénuée de tout ce qui
peut vous plaire et vous rendre agréable le séjour que vous allez faire
dans mon âme. Je l'avoue encore , ô mon Dieu, ce dénuement est
volontaire ; il n'a pas tenu à vous que je m'enrichisse, vous m'avez
mille fois comblée des dons les plus précieux, vous m'avez offert le
trésor de votre grâce, mais j'ai dissipé les uns et rejeté l'autre ; mon
indigence est pleinement volontaire, elle est l'effet d'une coupable
négligence, elle mérite toute votre indignation, toute votre colère.
Mais vous dont la miséricorde est infinie, vous qui ne repoussez pas un
cœur contrit et humilié, qui prêtez l'oreille à la voix du pauvre qui
vous implore et qui sollicite l'aumône de votre pitié, vous, ô Jésus,
mon Sauveur et mon Père, qui vous êtes fait pauvre pour m'enrichir, ne
dédaignez pas d'entrer dans ce cœur si peu digne de vous. Venez, en y
descendant, pratiquer encore la pauvreté que vous aimez, puisqu'en
venant à lui, vous vous dépouillez de tous vos biens pour l'enrichir, et
qu'après lui avoir tout donné, vous vous donnez vous-même.
O
Dieu bon jusqu'à l'excès, Dieu prodigue de vous-même, pardonnez si
j'oublie ma misère pour ne songer qu'à votre amour, si mon cœur, tout
coupable qu'il est, tressaille d'allégresse et s'élance à votre
rencontre. Ah ! c'est qu'il reconnaît en vous le bien souverain après
lequel il soupire, le seul trésor qui soit capable de satisfaire
l'immensité de ses désirs. Venez, divin Agneau ; une seule goutte de
votre sang aurait suffi pour la rançon du monde ; ce sang tout entier,
appliqué à mon âme, lavera ses souillures, guérira ses plaies, et lui
rendra sa beauté et sa blancheur primitives.
Et
vous Vierge sainte, qui fûtes pauvre des biens de la terre, mais riche
de ceux du ciel, vous qui possédez les trésors de la gloire parce que
vous avez su faire valoir ceux de la grâce, voyez à vos pieds votre
pauvre, ô Marie, celle qui vient tous les jours solliciter l'aumône d'un
de vos regards maternels, qui vient vous confier si souvent ses
douleurs et ses espérances, et qui jamais ne se relève sans bénir celle
qui toujours l'assiste et la console. Oh ! ne me repoussez pas
aujourd'hui ; plus que jamais j'ai besoin de votre assistance. Je ne
vous demande rien, ô ma tendre Mère, seulement je vous montre mon cœur,
voyez son dénuement, sa profonde indigence ; vous êtes la dispensatrice
des trésors célestes, ouvrez-les pour moi, et proportionnez la grandeur
de vos dons à celle de mes besoins.
Ainsi soit-il.
Ainsi soit-il.

ACTION DE GRÂCES.
J'ai communié, j'ai reçu Jésus, Jésus, mon Dieu, mon Sauveur et ma vie ! Il est à moi ! J'adore dans mon cœur celui qui règne au ciel ; je le possède, je le presse contre ce cœur qui ne vit plus que par lui et pour lui, et, remplie d'une joie toute divine, je m'écrie : Oh ! que ma part est riche ! que mon héritage est d'un grand prix ! Cette part que j'ai choisie, c'est mon Dieu ! Cet héritage magnifique qu'il me promet et que déjà il me donne, c'est lui-même, c'est Jésus, c'est le Fils de l'Éternel, c'est le trésor du ciel, la richesse des anges et des élus ! 0 grâce, ô bonheur que je ne puis comprendre, mais que mon cœur savoure dans l'extase du ravissement et de l'amour ! Bonheur que Jésus me donne, seul vous suffisez à mon âme, elle n'en veut plus d'autres, elle les dédaigne, elle les repousse. Pleinement satisfaite, elle jette sur tous les biens du monde un regard de mépris; car que pourrait maintenant lui offrir le monde qui fût comparable à ce qu'elle possède en cet instant ? Que ses jouissances lui paraissent éphémères, ses plaisirs trompeurs, ses honneurs passagers, ses richesses viles et périssables !...
J'ai communié, j'ai reçu Jésus, Jésus, mon Dieu, mon Sauveur et ma vie ! Il est à moi ! J'adore dans mon cœur celui qui règne au ciel ; je le possède, je le presse contre ce cœur qui ne vit plus que par lui et pour lui, et, remplie d'une joie toute divine, je m'écrie : Oh ! que ma part est riche ! que mon héritage est d'un grand prix ! Cette part que j'ai choisie, c'est mon Dieu ! Cet héritage magnifique qu'il me promet et que déjà il me donne, c'est lui-même, c'est Jésus, c'est le Fils de l'Éternel, c'est le trésor du ciel, la richesse des anges et des élus ! 0 grâce, ô bonheur que je ne puis comprendre, mais que mon cœur savoure dans l'extase du ravissement et de l'amour ! Bonheur que Jésus me donne, seul vous suffisez à mon âme, elle n'en veut plus d'autres, elle les dédaigne, elle les repousse. Pleinement satisfaite, elle jette sur tous les biens du monde un regard de mépris; car que pourrait maintenant lui offrir le monde qui fût comparable à ce qu'elle possède en cet instant ? Que ses jouissances lui paraissent éphémères, ses plaisirs trompeurs, ses honneurs passagers, ses richesses viles et périssables !...
Oui,
ô mon Jésus, si la terre paraît vile au chrétien qui contemple le ciel,
s'il n'y trouve rien qui puisse y attacher son cœur, lorsqu'il se
souvient des biens que vous préparez à ceux qui vous aiment, combien
cette terre ne paraît-t-elle pas plus vile encore à celui qui vous porte
en son cœur, qui n'a pas besoin d'élever ses regards vers le lieu de
votre demeure pour vous trouver, mais qui vous trouve en lui, qui vous
est uni, qui vit de votre vie, qui ne fait qu'une même chose avec vous,
comme vous ne faites qu'un avec votre Père et le Saint-Esprit ! Ah !
dans cet instant, tout ce qui est créé, tout ce que le monde appelle
grandeurs, satisfactions, fortune, tout cela n'est plus à ses yeux qu'un
peu de brillante poussière qui s'échappe de la main qui veut la
retenir, que de vains hochets qui amusent les enfants du siècle, mais
qui bientôt cessent de leur plaire parce qu'ils sont incapables de
combler le vide de leur cœur.
Pour
le cœur dont vous êtes le trésor, la pauvreté aussi est douce, ô
aimable Sauveur ; ses privations, ses rigueurs cessent de paraître
amères lorsque vous êtes là pour les faire supporter, et l'âme qui se
souvient que vous avez choisi la pauvreté pour votre partage, que vous
l'avez aimée, que vous avez supporté avec joie toutes les humiliations,
toutes les incommodités qui en sont la suite, la chérit à votre exemple
et vous bénit lorsque vous la traitez comme vous l'avez été vous-même.
Si
c'est votre volonté, ô mon Jésus, que ma vie s'écoule, comme la vôtre,
dans l'indigence et le dénuement, s'il vous plaît que je n'aie pas
ici-bas où reposer ma tête, que votre volonté s'accomplisse, ô mon Dieu !
Je me soumets à tout, je veux tout ce que vous voulez pour moi ; je
veux ne voir que votre miséricorde et votre amour dans ces épreuves qui,
si vous me les envoyez, me sont utiles pour purifier mon âme et me
détacher de tout ce qui n'est pas vous. Aussi, loin de m'en plaindre, de
murmurer et d'accuser votre providence, mon cœur vous bénira toujours,
et, aidée de votre grâce, je m'efforcerai de seconder les vues de votre
miséricorde, en me détachant non seulement des biens qui sont hors de
moi, mais de ceux qui me touchent de plus près, en étant disposée à vous
faire le sacrifice de ma réputation, de ma santé, de mes amis, des
consolations sensibles que je trouve à votre service, de ma vie même
aussitôt que vous l'exigerez.
Si,
au contraire, votre sagesse juge à propos de me donner des richesses,
je tremblerai en me voyant dans un état si opposé à celui que vous avez
choisi pour vous, j'en détacherai mon cœur, j'en jouirai comme n'en
jouissant pas. Je ne me servirai pas des biens dont vous m'avez permis
l'usage pour flatter mes passions et nourrir mon orgueil. Loin de
mépriser ceux qui revêtent les glorieuses livrées de votre vie pauvre et
humiliée, je leur porterai une sainte envie ; je vous verrai en eux, ô
aimable Bien-Aimé ; je me rappellerai que mon superflu ne m'appartient
pas, que c'est un vol que je fais à vos membres souffrants lorsque je
l'emploie à satisfaire de vains caprices, de frivoles désirs, des
besoins imaginaires, et ma plus douce jouissance sera de leur faire
partager mon abondance, d'adoucir leurs peines, d'essuyer leurs larmes,
et de vous prouver ma reconnaissance en versant dans le sein de ceux que
vous aimez une mesure pleine et abondante, en leur rendant une partie
des bienfaits dont vous me comblez.
Mais,
si pauvre moi-même, je ne puis, ô mon Jésus, faire aux bien-aimés de
votre cœur tout le bien que je voudrais leur faire ; acceptez, Seigneur,
cette privation si pénible pour le cœur qui vous aime, pour celui que
la foi éclaire et qui vous voit dans le pauvre qui souffre, qui a faim,
qui a froid, et qu'il ne peut nourrir, réchauffer, secourir. Oh ! alors,
Seigneur, donnez-moi des entrailles toutes de charité ; si je ne peux
donner, mettez sur mes lèvres les paroles qui consolent le cœur brisé,
la sainte tendresse qui fait tant de bien à celui qui souffre et que le
monde repousse. Rendez-moi éloquente pour plaider auprès du riche la
cause du pauvre que je ne pourrai soulager moi-même. Donnez-moi enfin ce
dévouement chrétien qui découle de votre cœur comme de sa source
primitive, ce dévouement qui rend la charité forte et ingénieuse, qui
accomplit de grandes choses avec de faibles moyens, qui s'oublie pour
autrui, qui donne son nécessaire s'il n'a pas de superflu, et qui fait
qu'après avoir tout donné, on se donne soi-même par la charité.
O
Marie, modèle parfait de dévouement et de charité, vous qui nous avez
aimés jusqu'à nous donner votre propre Fils, jusqu'à le sacrifier pour
le salut du monde, ah ! demandez pour moi l'esprit de pauvreté et de
détachement, l'esprit de dévouement et de charité ; faites qu'à votre
exemple je trouve en Jésus seul ma joie, mon trésor et ma vie, et qu'au
lieu de chercher à amasser des richesses périssables dont la mort me
dépouillerait bientôt, je ne m'occupe qu'à grossir par l'aumône et les
œuvres de charité le trésor qui doit m'ouvrir les portes du ciel et m'en
assurer l'éternelle possession.
Ainsi soit-il.
VISITE AU SACRÉ CŒUR DE JÉSUS
Considéré comme père des pauvres.
Vous êtes le père, l'ami de tous les hommes, ô mon Jésus ; mais vous êtes surtout celui du petit et du pauvre. Vous l'avez, il est vrai, privé des biens de la terre, déshérité des joies du monde, mais vous l'appelez à vos pieds ; c'est à lui surtout que s'adressent ces consolantes paroles : Venez à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai. La porte de votre temple lui est toujours ouverte ; vous l'attendez, Seigneur, comme un père attend son enfant qu'il sait dans la peine et qu'il est empressé de consoler.
Ainsi soit-il.

Considéré comme père des pauvres.
Vous êtes le père, l'ami de tous les hommes, ô mon Jésus ; mais vous êtes surtout celui du petit et du pauvre. Vous l'avez, il est vrai, privé des biens de la terre, déshérité des joies du monde, mais vous l'appelez à vos pieds ; c'est à lui surtout que s'adressent ces consolantes paroles : Venez à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai. La porte de votre temple lui est toujours ouverte ; vous l'attendez, Seigneur, comme un père attend son enfant qu'il sait dans la peine et qu'il est empressé de consoler.
Pour
ce petit que le monde méprise et dédaigne, vous gardez, ô mon Dieu, vos
plus tendres caresses, vos plus douces paroles, vos promesses les plus
magnifiques ; vous voulez être le confident de ses douleurs, votre main
se plaît à essuyer ses larmes, vous le faites reposer sur votre sein,
vous l'endormez sur votre cœur, et vous voulez qu'il y oublie ses
inquiétudes, ses soucis et ses peines.
Moi
aussi, ô mon Dieu, je suis petite et pauvre, et je viens chercher près
de vous, qui êtes mon appui et mon père, paix, repos, espérance et
consolation ; je viens vous ouvrir mon cœur, à vous que le récit de mes
peines n'importune jamais, à vous qui trouvez pour chacune d'elles la
parole qui l'adoucit, l'espérance qui la console. Je ne me plains pas,
Seigneur, je bénis la main qui m'avait tout donné et qui m'a tout ôté ;
mais quelquefois la nature se soulève, elle voudrait l'emporter sur la
grâce, la vie me devient amère, mon fardeau me semble trop lourd, et je
viens un instant le déposer à vos pieds et vous supplier de soutenir mon
courage qui faiblit, ma résignation qui m'abandonne.
Pardonnez,
ô mon Dieu, mais, pauvre, abandonnée, délaissée de tous, sans appui et
sans soutien sur la terre, je n'obtiens du monde que l'oubli et le
dédain. Mon cœur, ainsi froissé, rebuté par tous, s'est rempli
d'amertume et de tristesse. J'ai vu passer près de moi l'homme riche et
puissant, et j'ai dit : Heureux celui qui marche ainsi environné des
pompes et des grandeurs, dans les yeux duquel des serviteurs empressés
cherchent à lire le moindre de ses désirs ! Heureux celui qui habite ce
palais, cette maison somptueuse, et qui peut dire en promenant sa vue
jusqu'au point où l'horizon se termine : Tout cela est à moi !
Souvent
aussi, en voyant de loin l'éclat des fêtes mondaines, en prêtant
l'oreille aux chants joyeux qu'interrompent des cris immodérés, au bruit
harmonieux des concerts, j'ai pensé que là étaient la joie et le
bonheur ; puis bientôt , ô mon Dieu, j'ai rougi de ma faiblesse en me
rappelant ce que dit le prophète : La bouche qui proclame heureux ceux
qui jouissent de ces biens a proféré le mensonge. Non, le bonheur n'est
pas dans les richesses, mais en vous, Seigneur, à qui le ciel et la
terre appartiennent ; la gloire n'est pas dans tout ce qui nous retrace
la somptuosité et la magnificence, mais en vous qui vous revêtez de la
lumière comme d'un vêtement ; le plaisir vrai n'est pas dans les folles
joies du monde, mais en celui qui a dit : Ils seront enivrés de
l'abondance de ma maison, et ils boiront à longs traits dans le torrent
de mes délices. En effet, ô mon Dieu, peut-il être heureux, a-t-il la
paix, celui qui s'agite sous les lambris dorés de sa somptueuse demeure,
s'il n'est pas votre ami, s'il ne possède pas le trésor de votre grâce ?
Ah ! la paix du cœur, le calme d une bonne conscience, voilà le plus
précieux des biens ; et cette paix la trouve-t-on au milieu de ces
assemblées brillantes où le monde étale le luxe de ses pompes ? Non, non
! Là se tiennent en embuscade toutes les passions qui déchirent notre
cœur : l'amour y est aux prises avec la jalousie et la haine, l'ambition
avec la vengeance, la vanité avec le dépit et l'envie, l'amour-propre
avec l'ironie et la raillerie. Le dégoût et la tristesse, voilà les
fruits amers que le mondain récolte au milieu de ces fêtes, tristesse
dont le poids devient surtout accablant lorsque, rendu à lui-même, il
compare, dans un moment de solitude et d'isolement, le plaisir qu'il
s'était promis avec celui qu'il a goûté.
Le
pauvre au contraire, qui vit loin de ce brillant éclat, qui ne connaît
le monde que pour le craindre et pour le mépriser, trouve le bonheur
sous son toit de chaume, si votre grâce y est avec lui, si sa conscience
lui rend le consolant témoignage qu'il est votre ami, qu'il peut
compter sur votre protection, sur votre assistance, pendant les jours de
son pèlerinage, et plus tard sur les magnifiques récompenses quejvous
avez promises à la pauvreté courageuse et résignée.
Oui,
c'est surtout pour le pauvre, ô mon Jésus, que vous avez un cœur tout
plein d'amour ; c'est pour lui surtout que votre providence veille avec
toute la sollicitude et la vigilance de la plus tendre mère. Oh ! qu'il
fait bon s'abandonner à elle, attendre tout de votre bonté, ô le
meilleur et le plus tendre des pères ! Pourquoi, en effet, me
troublerais-je ? Pourquoi craindrais-je de manquer des choses
nécessaires à mon existence, puisque vous êtes mon père, que votre œil
est ouvert sur moi, et que vous connaissez mes besoins ? Non, mon Dieu,
je ne craindrai plus, je ne me défierai plus de votre providence, je me
reposerai de tout sur votre amour, bien persuadée que la main qui donne à
l'oiseau des champs sa nourriture, qui revêt le lis de la vallée d'un
éclat si éblouissant, s'ouvrira aussi pour moi qui suis non seulement
votre créature, mais votre enfant.
A
l'avenir, ô mon Dieu, mon œil ne s'arrêtera plus avec envie sur les
biens que vous ne m'avez pas donnés ; mon cœur ne les regrettera pas. Le
séjour que nous faisons sur la terre est si court, il faut si peu de
chose pour soutenir la vie du corps, que je veux mettre ailleurs mes
sollicitudes et mes espérances. Amasser des richesses spirituelles,
croître dans votre amour, m'efforcer de mériter la béatitude promise à
la pauvreté et aux larmes, voilà, ô mon Dieu, quelle sera mon ambition
et mon unique étude. Ainsi soit-il.
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