Considération pour le premier vendredi de juin
Amour du cœur de Jésus pour nous dans le sacrement
de l'Eucharistie
de l'Eucharistie

Le cœur du bon Maître paraissait nager en cet instant dans une atmosphère d'amour ; il semblait que cet amour, trop grand pour être contenu plus longtemps, cherchait à se faire jour par ses paroles, par les expressions de tendresse qu'il adressait à ses apôtres et surtout par l'œuvre admirable qu'il allait accomplir.
Oh
! oui, il l'avait désiré avec ardeur, le cœur de notre bon Jésus, ce
moment solennel où il allait se donner non seulement à ceux qui depuis
trois ans étaient ses confidents et ses amis, mais à tous, par eux et à
cause du pouvoir qu'il leur transmettait de perpétuer jusqu'à la fin des
siècles l'œuvre d'amour qu'il inventait pour le bonheur de tous les
hommes qui devaient se succéder sur la terre.
Il l'avait appelé de tous ses vœux, ce jour où il pourrait donner un libre cours à sa tendresse, où il n'y mettrait plus de bornes, plus de mesure, où, en la portant jusqu'à l'excès, il doterait le monde d'un trésor sans prix, d'un bienfait inestimable.
L'époux longtemps séparé d'une épouse chérie, la mère privée pendant des années de son premier né, de son unique enfant, ne désirent pas avec autant d'ardeur l'instant de la réunion que le cœur du Sauveur souhaitait celui où il devait se donner lui-même, se léguer pour héritage à chacun de ceux qu'il aimait.
Lui seul pouvait comprendre toute la valeur du bienfait qu'il accordait aux hommes, toute la profondeur des abaissements auxquels il allait s'assujettir par amour pour eux ; lui seul aussi pouvait apprécier encore le mystère de notre ingratitude, et pourtant il n'hésite pas, rien ne peut le retenir, et ce qu'il donne il le donne sans regret, il le donne avec joie, avec un bonheur que le cœur d'un Dieu était seul assez généreux pour éprouver.
Il l'avait appelé de tous ses vœux, ce jour où il pourrait donner un libre cours à sa tendresse, où il n'y mettrait plus de bornes, plus de mesure, où, en la portant jusqu'à l'excès, il doterait le monde d'un trésor sans prix, d'un bienfait inestimable.
L'époux longtemps séparé d'une épouse chérie, la mère privée pendant des années de son premier né, de son unique enfant, ne désirent pas avec autant d'ardeur l'instant de la réunion que le cœur du Sauveur souhaitait celui où il devait se donner lui-même, se léguer pour héritage à chacun de ceux qu'il aimait.
Lui seul pouvait comprendre toute la valeur du bienfait qu'il accordait aux hommes, toute la profondeur des abaissements auxquels il allait s'assujettir par amour pour eux ; lui seul aussi pouvait apprécier encore le mystère de notre ingratitude, et pourtant il n'hésite pas, rien ne peut le retenir, et ce qu'il donne il le donne sans regret, il le donne avec joie, avec un bonheur que le cœur d'un Dieu était seul assez généreux pour éprouver.
A
quel état d'humiliation, à quel excès d'anéantissement le Verbe éternel
n'est-il pas réduit depuis dix-huit siècles pour contenter son amour et
satisfaire le désir de son cœur ? Il voile, sous les apparences du pain
et du vin, non seulement les splendeurs de sa divinité, mais encore les
charmes de son humanité sainte. Il se voile, il s'anéantit tout entier
dans la profondeur de ce mystère d'amour. Aux jours de sa vie mortelle,
il cachait sa gloire sous le manteau de son humilité ; mais quelques
rayons de cette gloire éternelle et infinie rejaillissaient souvent sur
sa personne adorable et trahissaient le mystère dont il voulait
s'entourer. Dans l'étable de Bethléem, il ne parut à nos yeux que sous
les traits charmants de l'enfance ; mais le ciel s'ouvrit sur le berceau
de l'Enfant-Dieu, et son premier cri fut salué par les joyeux concerts
des anges, qui chantaient dans les hauteurs des cieux la gloire que le
Fils du Très-Haut procurait à son Père par les humiliations de sa crèche
et la paix qu'il apportait aux hommes de bonne volonté.
Sur le Calvaire, il mourut dans l'opprobre d'un supplice destiné aux criminels ; mais sa patience, sa charité disaient à tous que celui qui souffrait était plus qu'un homme ; le larron crucifié à ses côtés glorifiait sa royauté éternelle et divine, en le priant de se souvenir de lui quand il serait dans son royaume ; et à peine eut-il rendu le dernier soupir, que le deuil de la nature entière proclama hautement sa divinité.
Dans l'Eucharistie, tout est anéanti, tout est est éclipsé ; les sens ne découvrent que de faibles espèces ; l'œil de la foi seul aperçoit la grandeur d'un Dieu qui se cache par amour, qui ne nous dérobe sa puissance et sa gloire qu'afin de triompher de nos cœurs et de nous rendre plus facile l'abord de cette table sainte, dont nous n'oserions approcher s'il laissait entrevoir une faible lueur de la gloire inhérente à son infinie majesté.
Sur le Calvaire, il mourut dans l'opprobre d'un supplice destiné aux criminels ; mais sa patience, sa charité disaient à tous que celui qui souffrait était plus qu'un homme ; le larron crucifié à ses côtés glorifiait sa royauté éternelle et divine, en le priant de se souvenir de lui quand il serait dans son royaume ; et à peine eut-il rendu le dernier soupir, que le deuil de la nature entière proclama hautement sa divinité.
Dans l'Eucharistie, tout est anéanti, tout est est éclipsé ; les sens ne découvrent que de faibles espèces ; l'œil de la foi seul aperçoit la grandeur d'un Dieu qui se cache par amour, qui ne nous dérobe sa puissance et sa gloire qu'afin de triompher de nos cœurs et de nous rendre plus facile l'abord de cette table sainte, dont nous n'oserions approcher s'il laissait entrevoir une faible lueur de la gloire inhérente à son infinie majesté.
Si
Jésus n'avait accordé qu'au chef de son Église le pouvoir de consacrer,
s'il avait voulu qu'un seul temple dans le monde vît s'accomplir sous
ses voûtes le plus grand, le plus auguste des sacrifices, que chaque
homme ne pût qu'une seule fois dans sa vie se nourrir de sa chair
adorable, sans doute le bienfait eût déjà été inestimable, et personne
de nous n'eût eu le droit de se plaindre ni d'en exiger davantage. Mais
ce don n'aurait pu suffire à l'amour que le cœur de notre bon Maître
avait pour nous. Pour communiquer plus facilement avec les hommes, il a
voulu que tous les prêtres eussent le pouvoir d'opérer chaque jour le
plus grand, le plus incompréhensible des prodiges. Il se rend obéissant à
la voix du dernier d'entre eux ; il s'immole dans tous les lieux du
monde, non pas une fois, mais des milliers de fois chaque jour ; il veut
que le pèche soit le seul obstacle qui puisse nous éloigner de lui, que
l'approche de la table sainte nous soit permise aussi souvent que nous
le désirons, pourvu que notre conscience soit pure et notre cœur exempt
de toute attache aux fautes les plus légères.
Le
désir du cœur de Jésus a été compris des apôtres et de leurs
successseurs ; il semble s'être communiqué à leur cœur, et leur âme
aussi s'est embrasée d'un immense désir, d'une soif ardente de faire
connaître à la terre entière l'amour d'un Dieu sauveur, de lui élever
partout des autels et de multiplier ses temples à l'infini, en le
faisant descendre, par la communion, dans le cœur de tous ceux qui
croiraient en lui et que l'eau sainte du baptême aurait régénérés.
Fidèles à cet ordre divin : Allez, enseignez toutes les nations, les
ministres du Dieu de paix, conquérants pacifiques, se sont avancés
hardiment à la conquête de l'univers ; seuls avec le Dieu qui vivait en
eux, sans autres armes que la parole évangélique, sans autre appui que
la croix, ils ont parcouru le monde, et devant cette croix victorieuse
sont tombés les dieux des nations sur les débris de leurs temples et de
leurs autels ; ils ont élevé d'autres temples, d'autres autels au Dieu
dont l'immense amour avait touché leurs cœurs.
Partout
maintenant, du nord au midi, du couchant à l'aurore, l'auguste
sacrifice est offert au Seigneur. Les dernières limites de l'ancien et
du nouveau monde ont reçu l'empreinte des pas des envoyés du Christ ;
ils ont traversé l'immensité des mers, bravé la fureur des flots, pour
porter à tous la bonne nouvelle du salut, pour inviter tous les hommes
au banquet du Père de famille ; leurs mains ont planté la croix dans les
sables brûlants du désert, leur voix s'est fait entendre aux sauvages
descendants d'ismaël ; elle leur a dit qu'eux aussi pouvaient devenir
les fils de la promesse et avoir part aux bénédictions du Dieu
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Le sauvage de l'Amérique a vu avec
étonnement le prêtre catholique s'asseoir dans sa pirogue pour traverser
ses lacs, parcourir avec lui ses savanes et ses déserts, et le Dieu de
l'univers descendre, à la parole de son ministre, dans son cœur, à lui
pauvre enfant de la nature, dans ce cœur que tant d'amour ravissait, et
qui n'avait d'autre regret que d'avoir connu trop tard le Dieu si aimant
et si bon de l'Eucharistie.
Jésus
se donne à nous sous la figure du pain, comme étant l'aliment le plus
simple et le plus nécessaire au soutien de notre vie. Père de la grande
famille humaine, il réunit tous ses enfants au même festin. A l'approche
de sa table sainte, il veut que tous les rangs s'effacent, que toutes
les distinctions disparaissent, que tous les convives se souviennent
qu'ils sont pauvres devant lui, et que sa main aumône à chacun la grâce
qui le purifie et le pain qui nourrit son âme; il veut que le riche
prenne place à côté du pauvre, qu'il regarde sans mépris, sans dédain,
les haillons dont son frère est couvert, et qu'en mémoire de la charité
du Dieu qui se donne à lui, il verse dans son sein une partie de son
abondance et l'enrichisse de son superflu ; il veut aussi que le pauvre
voie sans envie le luxe et l'opulence du riche, que sa voix plaide sa
cause auprès du Père commun, et lui demande pour celui qui le soulage en
l'assistant une part de l'héritage éternel promis à sa pauvreté.
Pour
se donner à l'homme, le Sauveur n'attend pas que l'âge ait mûri sa
raison, éclairé son intelligence, et qu'il puisse parfaitement
comprendre la valeur du don qu'il lui fait. Oh ! non ; jaloux des
prémices de notre cœur, de l'innocence de nos affections, le Dieu de
l'Eucharistie veut encore, comme autrefois, qu'on laisse approcher de
lui les petits enfants. Il paraît impatient de prendre possession de
cette âme qui entre dans la vie, il veut essayer de la gagner par les
charmes de son amour, et quand il vient à elle pour la première fois,
ses caresses sont si tendres, ses paroles si douces, les joies dont il
inonde ce jeune cœur sont si pures et si délicieuses, que leur seul
souvenir parfume toute une vie. Le vieillard sous les glaces de l'âge
sent son cœur s'échauffer encore à la pensée de ce jour qui fut le seul
parfaitement beau, le seul vraiment heureux entre tous les jours de sa
vie. L'impie, le pécheur, depuis longtemps séparé de son Dieu, sent ses
yeux se mouiller de larmes en voyant son fils, fervent et pur comme il
le fut autrefois, aller pour la première fois prendre sa place à cette
table d'amour qu'il a délaissée depuis si longtemps, et la vue du
bonheur de son enfant, le souvenir de ce jour qui fut aussi pour lui un
jour d'innocence et de joie trouble son âme et y fait naître de
salutaires remords.
Oh!
qui pourrait dire de quels biens l'Eucharistie est pour nous la source,
ce que Jésus fait pour chaque âme qu'il vient visiter dans la communion
? C'est là surtout qu'il se fait tout à tous pour nous gagner à son
amour, que son cœur répand la grâce non plus goutte à goutte, mais par
torrents. Il ne semble heureux de ses richesses que parce qu'il peut
nous les communiquer ; ses délices sont d'habiter avec les enfants des
hommes, de descendre dans chacun de ces cœurs qui lui appartiennent,
pour guérir leurs plaies, adoucir leurs peines, fortifier leurs
faiblesses, pourvoir à tous leurs besoins. Père de tous les fidèles, il
veut, pour ainsi dire, prendre chaque âme par la main pour l'aider à
parcourir sa carrière, assurer ses pas, éclairer sa marche, et faire
avec elle le trajet du temps à l'éternité.
Force
des faibles, Jésus veut être dans l'Eucharistie le guide de la jeunesse
; il veut sanctifier par son amour la vivacité de ses affections, être
le gardien de son innocence, prémunir son inexpérience contre les
illusions d'un monde qui l'enchante et la séduit ; il veut se trouver
dans ces jeunes cœurs à l'heure où les passions s'y éveillent, afin de
prévenir leurs ravages et de dire à la tempête : Calme-toi ; à l'orage :
Cesse de faire entendre ta voix.
Pureté
sans tache, il fait un bouclier de son cœur à l'âme timide contre
laquelle se liguent les puissances de l'enfer ; il s'arme pour sa
défense, il fortifie sa volonté, ranime son courage souvent près de
faiblir, et s'il ne la délivre pas toujours des ennemis qui l'attaquent,
c'est qu'il veut multiplier ses mérites en multipliant ses combats et
ses victoires.
Chaque
âge de la vie a ses passions, ses épreuves et ses dangers. Sagesse
éternelle, Jésus n'est pas seulement le guide de la jeunesse, il est
aussi celui de l'âge mûr. Dans la communion, il apprend à l'homme fait
que, s'il a moins à craindre de la volupté et du penchant au plaisir, il
doit se prémunir contre l'ambition, l'égoïsme et l'attachement aux
biens de la terre, passions non moins redoutables que celles qui les ont
précédées. Il lui fait comprendre que l'homme n'est ici-bas qu'un
passant, un voyageur ; qu'il ne doit pas s'attacher au lieu de son
passage ; que les préoccupations de la vie, les intérêts du temps
doivent s'effacer devant ceux de l'éternité, et qu'il doit avant tout chercher le royaume de Dieu et sa justice.
Soleil
de justice, il instruit l'ignorant ; il dissipe par ses divines leçons
les ténèbres de son intelligence ; il révèle aux petits et aux humbles
les secrets de sa sagesse, les mystères de son amour. Source de toute
sainteté, il aplanit aux bien-aimés de son cœur les sentiers de la
perfection ; il ôte aux vertus leurs aspérités ; et l'action de sa grâce
fait trouver des charmes à l'abnégation, au renoncement, à l'humilité, à
la pauvreté, à toutes ces austères vertus qu'il ordonne à ses disciples
d'aimer et de pratiquer.
Auteur de la vie, Père du siècle à venir, le Dieu de l'Eucharistie descend aussi dans le cœur du vieillard. Jaloux des premières affections de nos cœurs, il veut aussi l'hommage de notre dernier amour. Il veut les dernières lueurs de cette lampe qui s'éteint, comme il a voulu ses premières clartés. Il veut que l'homme au déclin de la vie s'appuie sur lui pour achever sa course, pour assurer ses derniers pas. Il vient par la. communion adoucir les infirmités de la vieillesse, laver dans son sang les taches dont son âme s'est souillée pendant son long voyage ; il lui dit qu'il est temps de se détacher de ce monde qui déjà est passé pour elle, pour s'attacher à ce Dieu dont les années sont éternelles, qui va bientôt mettre fin à son exil et lui rendre une autre vie qui ne se mesure plus par la durée du temps, qui ne connaît ni les douleurs ni les infirmités de celle qu'elle va quitter.
Auteur de la vie, Père du siècle à venir, le Dieu de l'Eucharistie descend aussi dans le cœur du vieillard. Jaloux des premières affections de nos cœurs, il veut aussi l'hommage de notre dernier amour. Il veut les dernières lueurs de cette lampe qui s'éteint, comme il a voulu ses premières clartés. Il veut que l'homme au déclin de la vie s'appuie sur lui pour achever sa course, pour assurer ses derniers pas. Il vient par la. communion adoucir les infirmités de la vieillesse, laver dans son sang les taches dont son âme s'est souillée pendant son long voyage ; il lui dit qu'il est temps de se détacher de ce monde qui déjà est passé pour elle, pour s'attacher à ce Dieu dont les années sont éternelles, qui va bientôt mettre fin à son exil et lui rendre une autre vie qui ne se mesure plus par la durée du temps, qui ne connaît ni les douleurs ni les infirmités de celle qu'elle va quitter.
C'est
peu pour l'amour de Jésus de se donner à l'homme, quand, plein de force
et de santé, il peut venir le chercher dans son temple et s'approcher
de sa table sainte ; il fait plus : il va lui-même à celui qui ne peut
venir à lui, il va visiter le malade et le consoler sur son lit de
douleur. Comme autrefois, pour se rendre auprès de celui qu'il aime, il
parcourt nos villes et nos bourgades ; il visite le roi dans son palais,
le riche dans sa somptueuse demeure, mais il ne dédaigne pas l'humble
chaumière du pauvre ; il entre sous son toit de chaume, il s'approche de
son grabat, et c'est à lui que le Dieu des petits et des pauvres, que
ce Dieu qui fut pauvre lui-même, qui n'eut pas où reposer sa tête, c'est
à lui, dis-je, qu'il prodigue les tendresses de son cœur, les caresses
de son amour et ses plus abondantes bénédictions.
Oh
! qu'il est doux pour le malade, si longtemps privé de Jésus, de voir
luire le jour où il va venir le visiter ! Comme elle est longue la nuit
qui précède cet heureux jour !... Avec quelle ardeur l'âme privée de son
souverain bien appelle de tous ses vœux l'instant qui va le lui rendre
!... Et quand il est arrivé, quand elle voit entrer dans sa demeure ce
Sauveur bien-aimé, quand il approche de la couche où elle souffre et
languit, oh ! alors cette âme, heureuse d'un bonheur qui n'appartient
presque plus à la terre, s'élance au devant de celui qu'elle aime, qui
se donne à elle ; elle retrouve sa joie et sa vie ; ses larmes ne sont
plus que des larmes de bonheur, et en retrouvant Jésus elle oublie ses
souffrances, ses douleurs ; elle ne trouve plus que des délices dans la
croix et les infirmités que sa providence lui ménage.
Mais le Dieu si bon qui se fait l'ami et le guide de notre vie, veut encore être l'ami de nos derniers moments. Il veut par sa présence adoucir les angoisses des dernières heures de notre vie et aider l'homme à franchir le pas redoutable qui sépare le temps de l'éternité. Oh ! comme elle doit être belle la dernière communion! comme elle doit être douce pour l'âme fidèle qui a souvent soupiré après l'heure de sa délivrance et qui voit enfin arriver le terme de son exil !... Jésus, son seul amour, vient à elle pour la dernière fois ; mais son union avec lui est le commencement de cette communion éternelle qui est la vie des habitants du ciel. Il ne vient plus pour l'aider à supporter l'épreuve de la vie, cette épreuve est finie : bientôt ses dernières larmes seront versées, il vient les essuyer. Sa main tient déjà la couronne de l'immortalité ; il fait entrevoir la gloire de la récompense ; il laisse tomber dans cette âme qu'il aime et dont il est aimé quelques gouttes des joies éternelles. Ravie, elle s'endort sur le sein de Jésus, et bientôt elle se réveille dans le ciel !...
Mais le Dieu si bon qui se fait l'ami et le guide de notre vie, veut encore être l'ami de nos derniers moments. Il veut par sa présence adoucir les angoisses des dernières heures de notre vie et aider l'homme à franchir le pas redoutable qui sépare le temps de l'éternité. Oh ! comme elle doit être belle la dernière communion! comme elle doit être douce pour l'âme fidèle qui a souvent soupiré après l'heure de sa délivrance et qui voit enfin arriver le terme de son exil !... Jésus, son seul amour, vient à elle pour la dernière fois ; mais son union avec lui est le commencement de cette communion éternelle qui est la vie des habitants du ciel. Il ne vient plus pour l'aider à supporter l'épreuve de la vie, cette épreuve est finie : bientôt ses dernières larmes seront versées, il vient les essuyer. Sa main tient déjà la couronne de l'immortalité ; il fait entrevoir la gloire de la récompense ; il laisse tomber dans cette âme qu'il aime et dont il est aimé quelques gouttes des joies éternelles. Ravie, elle s'endort sur le sein de Jésus, et bientôt elle se réveille dans le ciel !...
Puisque
le cœur de Jésus nous comble de tant de biens dans le sacrement de son
amour, puisqu'il éprouve un si vif désir de se donner à nous, pourquoi
désirons-nous si peu nous unir à lui ? Pourquoi tant de froideur, si peu
d'empressement à répondre à ses douces et pressantes invitations ? Je
sais qu'il faut s'éprouver soi-même avant de manger le pain des anges,
que la pureté de conscience est une disposition indispensable à la
communion ; mais lorsque nous avons fait au ministre du Seigneur
l'humble aveu de nos fautes, que nous les avons lavées dans les larmes
de la pénitence, pourquoi différer encore de répondre au désir de notre
doux Sauveur ? L'humilité est louable, mais le sentiment de notre
indignité ne doit pas nous éloigner de Jésus ; il doit nous en
rapprocher au contraire, puisque lui seul peut guérir et purifier nos
âmes. Allons donc à lui avec un cœur brillant de pureté, rayonnant
d'innocence ; allons-y surtout avec un cœur brûlant d'amour et du désir
de nous unir à celui qui veut bien se donner à nous. Que l'obéissance
soit le guide qui nous conduise à la table sainte ; mais ne craignons
pas de laisser voir au directeur de notre âme le désir qu'elle éprouve
pour l'adorable Eucharistie. Si notre vie est plus sainte, plus
fervente, à mesure que nos communions deviennent plus fréquentes, ne
craignons rien. Que chaque communion augmente notre humilité, notre
charité, notre patience, notre résignation, et le Dieu qui a désiré d'un
ardent désir de s'unir à nous, ne nous demandera pas compte de
l'empressement que nous avons de correspondre à son amour ; ce désir est
une grâce, c'est Dieu qui le met au fond de nos cœurs, et il peut
devenir, si nous sommes fidèles, le principe de notre sanctification et
de notre salut.
Ainsi soit-il.

PRÉPARATION À LA COMMUNION
Pour le premier vendredi de juin.
O Jésus, vous que l'Écriture appelle le désir des collines éternelles, vous qui êtes la gloire et l'amour de votre Père, la joie des élus et des anges, la consolation et la force de votre Église, mon âme soupire après vous et vous désire avec plus d'ardeur que le captif ne désire l'instant où sonnera l'heure de sa délivrance ; elle vous attend avec plus d'empressement que le malade n'attend la visite du médecin qui doit lui rendre la santé ; elle souhaite votre venue avec plus d'impatience que le pauvre ne souhaite la présence du bienfaiteur qui doit mettre un terme à son indigence. Vous le voyez, Seigneur, mon âme a soif de vous, qui êtes sa joie et sa vie ; elle languit loin de vous dans la tristesse et dans le deuil, et votre présence adorée peut seule mettre un terme à ses soupirs, à ses longues douleurs.
Pour le premier vendredi de juin.
O Jésus, vous que l'Écriture appelle le désir des collines éternelles, vous qui êtes la gloire et l'amour de votre Père, la joie des élus et des anges, la consolation et la force de votre Église, mon âme soupire après vous et vous désire avec plus d'ardeur que le captif ne désire l'instant où sonnera l'heure de sa délivrance ; elle vous attend avec plus d'empressement que le malade n'attend la visite du médecin qui doit lui rendre la santé ; elle souhaite votre venue avec plus d'impatience que le pauvre ne souhaite la présence du bienfaiteur qui doit mettre un terme à son indigence. Vous le voyez, Seigneur, mon âme a soif de vous, qui êtes sa joie et sa vie ; elle languit loin de vous dans la tristesse et dans le deuil, et votre présence adorée peut seule mettre un terme à ses soupirs, à ses longues douleurs.
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vous dont le cœur a connu aussi ce tourment de l'amour, vous qui avez
bien voulu nous manifester votre immense tendresse et nous faire
connaître vos sentiments intimes en nous disant à tous : J'ai désiré
d'un ardent désir de manger cette pâque avec vous, venez étancher la
soif qui dévore mon âme, venez combler le vide de mon cœur. Vous le
savez, mon Sauveur bien-aimé, rien ici-bas ne peut le satisfaire ; créé
pour vous, vous seul pouvez remplir l'immensité de ses désirs et lui
donner le bonheur qu'il chercherait en vain loin de vous. Sœur des
anges, mon âme veut s'élever au dessus de la terre ; elle se plaint de
la longueur de son exil. Immortelle, il faut, pour apaiser sa faim, un
aliment divin ; il lui faut son Dieu, elle le cherche partout, elle le
demande à tout, et ne cesse ses recherches qu'au pied du tabernacle, où
elle trouve à la fois le repos, le bonheur et l'avant-goût du ciel.
La
vivacité de mes désirs ne me fait pas oublier, ô mon Dieu, la distance
qui sépare votre grandeur de ma bassesse. Je sais, Seigneur, qu'un abîme
infini est entre nous, et qu'il nous aurait toujours séparés, si votre
amour n'eût pris soin de le combler. Mais plus je sens ma misère, plus
j'éprouve le besoin de me rapprocher de vous, d'abîmer mon néant dans
votre être divin, d'unir mon impuissance, ma faiblesse à votre
puissance, à votre force, de noyer toutes mes fautes dans la mer de
votre sainteté, dans l'océan de votre miséricorde. Car, si de moi-même
je ne suis rien, si je n'ai rien qu'une affreuse indigence, si je ne
puis rien que vous offenser et me perdre, avec vous je peux tout, je ne
crains plus ma faiblesse, je ne souffre plus de ma pauvreté. N'êtes-vous
pas le trésor du pauvre, la lumière de l'aveugle, la science de
l'ignorant, la force du faible, la source de toute sainteté et de toute
vertu ?
Mais
avant de m'approcher de vous, ô cœur de mon Jésus, souffrez que
j'implore encore votre miséricorde, et que je fasse monter jusqu'à vous
l'accent de ma douleur, l'expression de mon repentir. Vous m'avez aimée,
mon Dieu, et vous exigez de moi un bien juste retour. Vous demandiez
mon cœur, vous le vouliez en entier, vous étiez jaloux de ses affections
; et ce cœur, je l'ai donné au monde ; ces affections, je les ai
prodiguées aux créatures. Et maintenant que je sens ma folie, que je
pleure mon ingratitude, je ne puis plus vous offrir qu'une âme que vous
avez guérie et qui conserve encore les affreuses cicatrices du péché,
qu'un cœur flétri, usé par les passions, qui ne saurait retrouver la
vivacité, la pureté de ses premières affections. Oh ! que ne puis-je,
mon Dieu, recommencer les jours que j'ai vécu ! Que n'est-il en mon
pouvoir de rappeler le passé, de réparer le temps que j'ai perdu !...
Avec quelle joie, quel bonheur je vous consacrerais tous mes instants,
tout cet amour qui n'aurait dû appartenir qu'à vous seul !... Mais,
hélas ! puisque le passé n'est plus en mon pouvoir, puisque je ne puis
forcer le temps à rétrograder dans sa course, acceptez du moins la
sincérité de mes regrets, oubliez ma trop longue ingratitude, acceptez
le tardif hommage de mon cœur, et faites que ma vie tout entière ne soit
plus qu'un acte d'amour, et que je répare par l'ardeur et la vivacité
de cet amour le temps malheureux où j'ai vécu sans vous aimer.
Et
vous, Esprits célestes, qui vous consumez d'amour autour du tabernacle,
vous qui adorez en silence le Dieu que je vais recevoir, ah! prêtez-moi
vos brûlantes ardeurs pour aimer celui dont vous voyez la gloire et
dont j'adore l'anéantissement et l'amour. Saints du ciel, vous qui
reçûtes si souvent le pain céleste qui vous a assuré l'immortalité et la
vie, qui, unis pour toujours à Dieu, partagez son bonheur et contemplez
sans voile le Dieu de l'Eucharistie dans les splendeurs de sa gloire,
demandez pour moi les dispositions qui rendaient vos cœurs des
tabernacles dignes de lui. Et vous, Marie, ma tendre Mère, vous qui
êtes, après Jésus, mon unique espérance ; Vierge si pure et si sainte,
Vierge bénie entre toutes les vierges, vous seule pouvez suppléer à mon
impuissance. Voilà mon cœur, je le dépose dans le vôtre, il vous
appartient, il est vôtre ; enrichissez son indigence, versez en lui la
surabondance de vos richesses, réchauffez sa froideur, présentez-le à
votre Fils, afin qu'en venant à moi Jésus reconnaisse que sa Mère a pris
soin d'embellir l'humble demeure où il veut bien habiter. Ainsi
soit-il.

ACTION DE GRÂCES
Pour le premier vendredi de juin.
Anéantie, absorbée dans le sentiment de son bonheur, mon âme reste sans voix pour vous bénir, ô mon Dieu ; l'excès de ma reconnaissance me rend impuissante à vous l'exprimer, et je ne peux que m'écrier : Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens que j'ai reçus de lui ? que lui rendrai-je surtout pour le don ineffable qu'il me fait en se donnant à moi ? Ah ! béni soit celui qui vient à moi ! Béni soit le sang divin qui teint encore mes lèvres, qui arrose mon cœur et se mêle à celui qui coule dans mes veines ! Béni soit surtout le cœur si plein d'amour qui bat à l'unisson du mien ! Béni soit enfin le Sauveur bien-aimé dont la tendresse et la miséricorde n'a pas dédaigné ma profonde misère !
Pour le premier vendredi de juin.
Anéantie, absorbée dans le sentiment de son bonheur, mon âme reste sans voix pour vous bénir, ô mon Dieu ; l'excès de ma reconnaissance me rend impuissante à vous l'exprimer, et je ne peux que m'écrier : Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens que j'ai reçus de lui ? que lui rendrai-je surtout pour le don ineffable qu'il me fait en se donnant à moi ? Ah ! béni soit celui qui vient à moi ! Béni soit le sang divin qui teint encore mes lèvres, qui arrose mon cœur et se mêle à celui qui coule dans mes veines ! Béni soit surtout le cœur si plein d'amour qui bat à l'unisson du mien ! Béni soit enfin le Sauveur bien-aimé dont la tendresse et la miséricorde n'a pas dédaigné ma profonde misère !
Remerciez-le
pour moi, Esprits célestes, qui vivez d'amour et contemplez sa gloire ;
inventez pour Jésus de nouveaux chants d'amour et de reconnaissance.
Louez-le, saints du ciel, justes de la terre ; plus il s'abaisse, plus
il est digne de vos adorations et de vos louanges. Prêtez-moi aussi vos
voix, créatures inanimées, pour célébrer les miséricordes et les
bienfaits de mon Dieu. Bénissez-le, soleil, vous qu'il a revêtu d'un
rayon de sa gloire, étoiles que sa main a semées dans l'espace, qui
depuis la naissance des âges racontez à l'univers sa magnificence et sa
puissance ! Bénissez-le aussi ; collines et montagnes, torrents, fleuves
et rivières ! Bénissez-le, abîme des mers, tonnerre qui n'êtes que
l'écho de sa puissante voix, vents et tempêtes qui obéissez à sort ordre
et retenez votre haleine au moindre signe de sa volonté ! Bénissez-le
aussi, fleurs qu'il a parées de si vives couleurs, petits oiseaux dont
les joyeux concerts semblent raconter sa douceur et sa bonté !... Mais
non, que toute la nature se taise : comme la mienne, sa voix est
impuissante devant un tel bienfait. Elle peut, par son admirable
harmonie, célébrer la gloire de son Auteur ; elle n'a pas de louanges
pour redire l'amour du Dieu de l'Eucharistie ! Pour vous bénir, ô Jésus,
il me faudrait le cœur d'un Dieu ; mais je l'ai ce cœur, il est à moi!
Soyez donc ma victime de louanges et d'actions de grâces, et louez,
adorez, bénissez votre Père pour le don inestimable qu'il m'a fait en
vous donnant à moi.
Qu'elle
est grande la dignité, la gloire à laquelle Jésus m'élève en se donnant
à moi ! Mon cœur est le tabernacle du Dieu qui m'a créée ; je porte
dans mon âme le Créateur des mondes, celui dont le regard ébranle les
colonnes du ciel, qui voit des millions d'anges se prosterner au pied de
son trône de gloire, attendant ses ordres dans le silence de
l'adoration et de l'amour ! Ce Dieu trois fois saint ne l'ait plus
qu'une même chose arec moi, et, pour m'élever jusqu'à lui, il s'est
abaissé jusqu'à moi ! A cette pensée, un saint orgueil s'empare de mon
âme ; je vois avec pitié les grandeurs et les gloires de la terre ; mon
œil, ébloui par l'éclat de la majesté divine, ne peut plus s'arrêter sur
elles ; elles perdent pour moi leur prestige et ne paraissent plus à ma
raison éclairée par la foi qu'une vaine fumée qui ne peut plus
contenter ni satisfaire mon cœur.
Mais
mon bonheur est plus grand encore : mon Dieu est avec moi ; il est le
continuel témoin et le juge infaillible de toutes mes œuvres ; il entend
mes paroles, il voit mes actions, il pénètre mes pensées, il lit dans
mon cœur l'amour que je ne sais lui exprimer ; il m'enveloppe et me
remplit de son immensité ; sa puissance me soutient, sa science connaît
tout mon être, sa sagesse me gouverne, son amour me nourrit, me conserve
; il me presse avec bonté sur son sein paternel ; enfin il se prête en
quelque sorte à ma volonté, en coopérant à toutes mes actions pour en
être un jour le rémunérateur et la récompense. Cette union, mon aimable
Sauveur, est ma joie, mon bonheur, mon espérance ; elle est ma plus
douce consolation dans les peines et les épreuves de la vie ; elle est
ma force dans les tentations ; elle me rend fade et insipide tout ce qui
n'est pas vous ou ne se rapporte pas à vous.
Maintenant,
Seigneur, que vous êtes au fond de mon cœur, je ne dirai pas, comme le
peuple juif au mont Sinaï : Que le Seigneur ne nous parle plus, de
crainte que nous ne mourions. Ici, ô adorable Maître, vous donnez encore
votre loi au milieu du feu et des flammes ; ce feu, ces flammes sont
celles de l'amour, car votre loi n'est plus la loi de crainte, mais bien
celle de l'amour et de la charité. Parlez-moi donc, Seigneur ; vous
seul avez les paroles qui donnent la vie, et mon âme mourrait, si elle
n'entendait plus le son de votre voix chérie.
Mais
je l'entends cette voix, ô Sauveur bien-aimé ; elle me dit que la
perfection de la loi consiste dans la charité, que je dois vous aimer et
verser le trop-plein de mon cœur sur les frères que vous m'ordonnez
d'aimer. Vous exigez de moi l'amour du prochain, vous lui transmettez
les droits que vous avez à ma reconnaissance, vous voulez que je fasse
pour lui ce que je ne puis faire pour vous, que j'aie pour tous cette
charité qui souffre et supporte tout, qui ne s'irrite de rien, qui ne
croit et ne soupçonne jamais le mal, cette charité sincère qui réside
dans le cœur, qui s'épanche par des bienfaits, par une tendre compassion
et de douces paroles pour les maux qu'elle ne peut soulager. Je le
sens, mon Jésus, cette charité doit être le fruit de la communion, et si
je ne l'ai pas encore, je dois travailler tous les jours à l'acquérir ;
elle doit vous préparer les voies lorsque je me dispose à vous recevoir
; et si, dans la pratique, elle me coûte des efforts et des sacrifices,
je dois me rappeler que le pain de l'Eucharistie doit aussi être mangé à
la sueur de nos fronts, et qu'il faut travailler avec ardeur pour
avoir, non pas la nourriture qui périt, mais celle qui donne la vie
éternelle.
O
vous, Vierge sainte, qui fîtes valoir avec tant de fidélité toutes les
grâces que vous reçûtes du Seigneur, aidez-moi à faire valoir aussi la
grâce inestimable de la communion fréquente ; ne permettez-pas que,
semblable au serviteur paresseux et inutile, j'enfouisse le talent que
le Père de famille a confié à ma garde ; faites que je le fasse valoir
et prospérer, afin de mériter un jour la magnifique récompense que Dieu
accordera à ceux en qui la grâce n'aura pas été stérile. Ainsi soit-il.

VISITE AU SACRÉ CŒUR DE JÉSUS
Considéré comme pasteur.
0 adorable Jésus, vous qui dans l'Évangile vous montrez à nous sous les traits si touchants et si doux du bon pasteur, vous qui nous assurez que vous connaissez vos brebis et qu'elles vous connaissent à leur tour et sont dociles à votre voix, souffrez que je vienne aujourd'hui méditer à vos pieds les bontés que vous avez pour moi, comme pasteur, et les obligations que ce titre et vos bienfaits m'imposent.
Qu'il est consolant pour moi de penser que mon Dieu me connaît, moi si oubliée, si méconnue ! Je suis connue de Jésus ; il voit ma faiblesse, ma fragilité, et il en a pitié ; mes besoins, et il en est touché ; mes peines, et il veut les adoucir ; il lit dans mon cœur, il découvre mes intentions, il connaît mon amour, mes désirs, il m'en sait gré ; sa bonté me tient compte d'une pensée, s'il en est l'objet ; d'un soupir, s'il s'élève vers lui ; de la plus légère action, si elle est faite en vue de lui plaire et de le glorifier. Que m'importe donc l'oubli et le mépris du monde ? que me font les vains jugements des hommes ? Ah ! que je passe au milieu d'eux en n'obtenant que leurs dédains, que je vive pauvre, obscure et méprisée, peu m'importe : si je suis connue de mon Dieu, si son œil s'abaisse sur mon obscurité, si j'en suis aimée, la haine du monde devient ma gloire, son oubli mon bonheur, son mépris m'assure les faveurs de Jésus.
Mais
que ne puis-je, Pasteur adorable, vous connaître aussi parfaitement que
je le suis de vous ! que ne puis-je lire dans votre cœur comme vous
lisez dans le mien ! Ouvrez-le moi ce cœur, Seigneur ; découvrez-moi
toute l'étendue de sa miséricorde, toutes les richesses de son amour,
toutes les ressources de sa tendresse, afin que ma confiance devienne
inébranlable, que j'espère tout de lui, et que je ne doute jamais de son
indulgence et de son empressement à pardonner.
Vous
appelez vos brebis, ô bon Pasteur, et elles connaissent le son de votre
voix. Ah ! je le dis à ma honte, mille fois j'ai entendu aussi cette
voix chérie, soit par les touches secrètes de votre grâce, soit par
l'audition de la parole sainte, soit par les remords de ma conscience,
soit enfin parle sentiment de votre amour, qui me pressait de lui donner
un cœur que vous n'aviez formé que pour vous et que vous seul pouviez
remplir. Mais, bien loin de répondre à cet appel divin, j'ai fermé
l'oreille aux accents de votre voix, je me suis dérobée aux
embrassements de votre amour, et j'ai fui loin, bien loin de vous,
cherchant un bonheur que je ne pouvais trouver qu'en vous, laissant les
gras pâturages que votre bonté offrait à mes besoins. Mon âme a demandé
au monde une nourriture qui n'a pu rassasier sa faim, il ne lui a donné
qu'une eau bourbeuse pour étancher sa soif ; et lorsqu'enfin, haletante,
épuisée, elle est tombée sans force sur la route de la vie , vous vous
êtes approché d'elle, ô bon Pasteur! Vous la poursuiviez depuis
longtemps avec une infatigable ardeur, et, loin de vous lasser des
résistances et des rebuts de l'ingrate qui s'obstinait à vous fuir, vous
ne songiez qu'à la sauver des dangers qui la menaçaient. Bien loin de
l'accabler alors des effets de votre colère, de lui faire entendre de
trop justes reproches, vous avez versé sur ses plaies le baume de votre
amour; afin de lui éviter les fatigues du retour, vous l'avez chargée
sur vos épaules et rapportée vous-même au bercail ; vos punitions ont
été des caresses, vos reproches de nouveaux bienfaits; et, pour fixer
son inconstance, pour l'attacher à vous pour jamais, vous l'avez enivrée
des chastes délices de votre amour, et vous avez voulu que la
nourriture abondante qu'elle trouve auprès de vous apaisât sa faim pour
toujours.
Qu'elles
sont heureuses, Seigneur, les brebis de votre troupeau! Placées dans le
sein de votre Église comme dans de fertiles pâturages, vous les
nourrissez dès l'enfance du lait de votre sainte doctrine ; votre croix
est la houlette sous laquelle vous rassemblez votre troupeau chéri ;
vous l'étendez sur lui ainsi qu'un arbre dont l'ombre tutélaire le
protège contre les ardeurs du soleil de midi ; cette croix devient le
rempart contre lequel viennent se briser les traits des ennemis qui
cherchent à lui nuire. Pasteur infatigable et vigilant, vous veillez
jour et nuit à la garde de vos brebis, vous les défendez contre la
fureur du loup ravissant qui veut les dévorer, et, pour les fortifier
contre ses attaques, vous les nourrissez de votre chair, vous les
abreuvez de votre sang divin.
Enfin,
ô tout aimable Pasteur, vous avez porté l'amour aussi loin qu'il
pouvait aller en donnant votre vie pour votre troupeau bien-aimé. Vos
mains étendues sur l'arbre de la croix semblaient le protéger encore,
votre sang sollicitait sa grâce, votre tête se penchait pour lui donner
une dernière bénédiction, et vos yeux mourants laissaient tomber sur lui
un dernier regard, mais un regard d'amour et de pardon. Non content de
rassembler vos brebis au pied de votre croix, vous avez voulu que le fer
d'une lance leur ouvrit votre cœur, afin qu'elles vinssent toutes se
réfugier dans cet asile divin, et que là elles n'eussent plus rien à
redouter, pas même la justice de votre Père. Et maintenant, souverain
Pasteur, que vous êtes assis à la droite de Dieu, vous faites encore
parler en notre faveur les plaies reçues pour nous, dont vous avez
emporté au ciel les glorieuses cicatrices, et vous n'employez votre
puissance qu'à faire tomber sur votre troupeau la rosée de votre grâce
et l'abondance de vos bénédictions.
Ah
! Seigneur, que tant de bienfaits touchent enfin nos cœurs ; ramenez à
vous ces brebis ingrates qui s'égarent dans les routes trompeuses de
l'impiété et de l'indifférence ; éclairez celles que le schisme et
l'hérésie ont séparées de votre troupeau, et qui, loin de la houlette de
Pierre, ne trouvent plus qu'une nourriture empoisonnée et vont étancher
leur soif à des citernes sans eau. Jetez aussi, Seigneur, un regard de
pitié sur les brebis errantes de la maison d'Israël ; souvenez-vous que
ce peuple fut jadis votre peuple chéri, que depuis dix-huit siècles il
traîne chez toutes les nations l'opprobre de son déicide et le poids de
votre anathème. Ah ! que
votre cœur lui soit aussi ouvert ; qu'il fasse jaillir sur tant
d'aveugles la lumière de la vérité et le sang qui purifie. Faites enfin,
mon souverain Pasteur, que tous les peuples du monde, réunis dans
l'unité d'une même foi, viennent grossir votre troupeau et ne fassent
plus qu'un cœur pour vous aimer, qu'une voix pour vous bénir. Ainsi soit-il.
Source : Livre "Trésor des associés du Sacré-Cœur de Jésus ou premier vendredi de chaque mois sanctifié par la méditation et la communion"
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